Free sonne à la porte de SFR et Bouygues: Trick or treat !

28 novembre 2013 à 12h35
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h41 -

Free a adressé à SFR et Bouygues un courrier daté du 19 novembre, dans lequel il leur fait part de sa volonté de participer à leur accord de mutualisation. Sous la menace d'une poursuite en justice, ses concurrents vont-ils accepter ?Alors que Free a déclaré à plusieurs reprises que ses concurrents s'étaient lancés trop tôt dans la 4G, ne pouvant pas proposer une qualité de réseau suffisante pour les abonnés, il souhaite aujourd'hui participer à l'accord de mutualisation entre SFR et Bouygues Telecom, dont les négociations ont commencé en juillet 2013. La proposition émise dans cette lettre laisse peu de choix aux opérateurs destinataires : "un accord entre deux des trois opérateurs de réseaux mobiles historiques qui ne prévoirait pas l'accueil du quatrième opérateur nous semblerait être un facteur de déstabilisation majeur. De plus un tel accord pourrait être juridiquement très critiquable."

Comme à son habitude, Free agit en poussant la législation dans ses derniers retranchements, et se cache derrière l'ARCEP, qui a également reçu le courrier en copie. Le gendarme des télécoms s'est battu pour qu'un quatrième opérateur vienne concurrencer les trois historiques. Contre la consolidation, il incite les fournisseurs à la mutualisation, et c'est bien sur ce point que Free espère être soutenu.

Mais pourquoi Free a-t-il besoin de se rapprocher de SFR et Bouygues ? Est-ce un aveu de faiblesse ? Ce n'est pas un secret, Free est en retard dans le déploiement de son réseau 4G, puisqu'il est le seul à ne pas encore proposer d'offres commerciales. Selon l'ANFR, au 1er novembre 2013, il comptabilisait 14 antennes 4G en service, contre 3974 pour Orange, 1032 pour SFR et 4762 pour Bouygues. Free semble aujourd'hui difficilement capable d'investir dans le très haut débit mobile, il est obligé de travailler avec les autres opérateurs.

Pourquoi Bouygues Telecom peut refuser la proposition de Free ? Difficile de croire que les deux plus grands ennemis vont "faire copain copain". Certes Bouygues cherche à diminuer ses coûts d'investissement dans la mesure où il souhaite mutualiser ses réseaux avec SFR, mais se rapprocher de Free serait plus qu'étonnant. Par ailleurs, il possède un grand avantage sur ses concurrents grâce à la bande de fréquences des 1800 MHz, sur laquelle il peut déployer. Ainsi, sa couverture 4G lui permet d'obtenir une avance confortable sur ses concurrents, qui laisse penser qu'un accord avec Free ne lui est pas indispensable.

Pourquoi SFR peut lui aussi refuser ? Même si l'opérateur a indiqué ne vouloir opposer "aucune forme de refus", estimant toutefois la demande "prématurée", il pourrait aussi bien choisir de ne pas conclure d'accord. En effet, lors de l'attribution des licences 4G fin 2011, SFR a engagé le montant le plus important aux enchères. Comme Free n'a quant à lui pas obtenu de fréquences dans le lot des 800MHz, SFR est dans l'obligation de l'accueillir en itinérance sur son réseau. Ainsi, si l'opérateur au carré rouge va vraisemblablement faire payer Free pour la location de son réseau, pourquoi choisirait-il plutôt de le faire payer pour qu'il en soit pour partie propriétaire ?

Par ailleurs, Free n'a certainement pas envoyé sa demande de mutualisation en cette fin d'année par hasard. Elle arrive en effet au moment où SFR va entrer en bourse. Xavier Niel y voit sans doute l'objectif de faire un appel du pied aux actionnaires, qui sont très favorables aux accords de mutualisation. En effet, lors de l'annonce de la perspective de mutualisation de SFR et Bouygues, l'action de ce dernier s'est envolée (de 5.6% à 21.75€ le 23 juillet 2013) et les analystes se sont accordés à y voir un élément porteur en bourse.

Et qu'en est-il d'Orange ? Un accord d'itinérance sur les réseaux 2G et 3G avait été signé en mars 2011. En s'adressant à SFR et Bouygues, Free semble aussi vouloir attirer l'attention d'Orange, pour que celui-ci lui propose un nouvel accord d'itinérance pour le très haut débit mobile, et ainsi faire bloc face aux deux autres opérateurs. Mais a priori, l'opérateur historique ne semble pas pour l'instant souhaiter mutualiser ses réseaux. Il estime avoir les moyens techniques et humains d'avancer en solo, comme il nous l'a montré avec le déploiement rapide de sa couverture 4G.