L'addiction à Internet reconnue à l'OMS ?

14 novembre 2008 à 18h22
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h50 -

Une définition de l'addiction à Internet est en genèse en Chine, ce phénomène y étant assez courant pour que le ministère local de la santé s'y intéresse.Avec 253 millions de personnes utilisant Internet, l'Empire du Milieu domine facilement la plupart des statistiques.

Il ne faut pas verser dans le cliché et imaginer que seuls les citadins y surfent : la population rurale de chine s'adonnant au surf a plus que doublé en 2007, et dépasse aujourd'hui les 53 millions... dont 25 millions à partir de cybercafés et autres stations Internet.

Cette importante et hétérogène population d'internautes offre une certaine expérience à la Chine en matière d'Internet, et en particulier dans le traitement de l'addiction au surf.

On peut même y trouver des établissements spécialisés dans ce domaine, tels qu'une clinique à Shanghaï.

Ouf... Nous pouvons être rassurés, il s'agit d'une maladie pouvant être soignée !

Selon Tao Ran, un spécialiste chinois des addictions, l'hôpital militaire généraliste de Pékin a déjà reçu plus de 3000 patients à ce sujet, dont 80% ont pu se débarasser de ce problème après 3 à 6 mois de traitement.

Le traitement est similaire à celui proposé pour les autres addictions... Privés de connection à Internet, puis aidés psychologiquement et invités à participer à des activités de groupe pour leur apprendre à se socialiser, les patients retrouvent le plaisir du monde IRL (In Real Life).

Un vrai conte de fées, en somme... Il faut prendre également en considération le contexte particulier de la Chine, pour comprendre les proportions du problème. Les utilisations principales d'Internet y sont le chat et le jeu en ligne.

Selon le chercheur Gao Wenbin de l'Académie Chinoise des Sciences, le manque d'attention de la part de leur famille, d'amis et de loisirs "réels" ont augmenté le nombre de "jeunes drogués au Net".

On pourra ajouter aussi que ces personnes, ayant souvent reçu beaucoup d'éducation, peuvent se trouver brimées par un contexte économique raréfiant les perspectives de "belle" carrière, par un contexte politique compliquant l'expression d'idées et restreignant les espaces de liberté, par l'étendue géographique même de la Chine, qui fait que des milliers de kilomètres séparent souvent familles et amis, au fil des différentes formations suivies.

On évoquera aussi un contexte culturel tel que, si les parents paient souvent leurs études à leur (unique) enfant, ce dernier a le devoir d'assumer le coût de leur retraite.

Dans ces conditions de tensions extrêmes, où les hommes ne sont pas sûrs d'être à la hauteur des attentes de leur famille et ne peuvent pourtant esquiver leur rôle social, certains font le choix, délétère à plus d'un titre, de se murer dans un univers virtuel, où tout un chacun peut devenir héros, où "rater" une vie n'empêche pas d'en vivre une nouvelle, où vieillesse et laideur n'existent que si elles sont souhaitées et où les "amis", enfin, ne sont jamais plus loin qu'un clic de souris.

Selon le bureau de la sécurité public de Pékin, d'après Tao, 76% de la criminalité juvénile de la ville a un rapport, même distant, avec Internet...

Un tel état de fait donne une dimension politique à ce qui devient un désordre. Si le PIB a profité, à court terme, de cette explosion des loisirs interactifs, certains voient dans le succès de ce secteur créateur de dépendance une menace économique à plus long terme.

Des experts locaux évoquent, par exemple, la baisse de 10% du QI des teenagers s'ils s'adonnent à ces activités pendant 3 ans...

Que faut-il en retenir ? La Chine avait déjà failli poussé des jeux online, comme World of Warcraft, à empêcher des séances de jeu trop longues. Il est probable que de nouvelles mesures combattront l'émergence d'autres comportements considérés à risque.