Quel avenir pour le paysage audiovisuel français ?

30 mars 2010 à 18h58
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h46 -

Entre le passage au numérique et la montée en puissance d'Internet, le paysage audiovisuel français est en pleine mutation. Quelles sont les tendances à surveiller ?Alors que les Rencontres de la télévision payante organisées par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) se sont terminées hier, et que la TNT fête ses 5 ans, de nombreux professionnels du secteur se posent la question de l'évolution de la télévision en France.

Mais avant d'évoquer de possibles tendances à venir, commençons par rappeler les faits qui ont bousculé le marché ces dernières années. Le lancement de la télévision numérique terrestre a été un évènement majeur de la décennie pour le PAF. Au fil des années, de nombreux français sont passés de 6 à 18 chaînes gratuites. On peut même parler de 22 chaînes si l'on compte les 4 chaînes Haute Définition pour ceux qui sont couverts par le signal TNT HD et qui disposent du matériel adéquat.

L'avènement de la TNT a non seulement constitué un bond technologique - l'analogique laissant la place au numérique - mais il a aussi structuré le marché en concurrençant les bouquets payants accessibles par satellite (Canalsat / TPS). La TNT n'est donc pas totalement étrangère au rapprochement de ces deux entités qui ont fusionné en 2006.

La concentration du marché de la TV est par ailleurs également lié à la forte croissance de la TV par ADSL. La concurrence entre Orange, Free et SFR a complètement changé la donne. Non seulement, ces fournisseurs d'accès incluent sans surcoût des dizaines de chaines dans leur bouquet de base, mais ils commercialisent aussi leurs propres packs en segmentant les offres (par genre, par pays...) et en diminuant les prix (inférieur à 10€ le bouquet optionnel en général).

Les opérateurs Internet sont devenus incontournables dans le paysage audiovisuel français. Les deux secteurs sont de plus en plus intiment liés. Les exemples de Numericable et d'Orange illustrent parfaitement cette tendance de la convergence. Le cablo-opérateur a complété son offre TV en proposant de l'Internet. L'opérateur historique a fait le chemin inverse avec l'objectif de monétiser son réseau à l'aide de contenus.

A court terme, la stratégie de contenus exclusifs - via la chaîne Orange Sport et le bouquet Orange Cinéma Séries - n'est pas forcément un succès commercial (moins de 10% du parc d'abonnés Orange est actuellement abonné), mais elle n'est pas pour autant dénuée d'intérêt. D'une part, l'arrivée d'Orange sur le marché de la TV a remis en question le monopole du géant Canal/Vivendi. Et d'autre part, elle symbolise un changement de cap qui distingue l'offre d'Orange de celles de ses concurrents.

Ainsi, alors que Free et SFR se concentrent sur un grand nombre de chaînes incluses (+ de 150 dans le bouquet basique), Orange préfère communiquer sur la qualité des programmes de ses 6 chaînes exclusives. Bien que le nouveau PDG d'Orange (stéphane Richard) s'interroge sur la pérennité de la couteuse stratégie de contenus, l'offre TV d'Orange continue de s'enrichir avec l'acquisition de nouveaux programmes sportifs (Bundesliga et WRC) et de séries à succès (Glee et Cougar Town ceette semaine). A noter qu'Orange a manifesté son intérêt pour les droits TV de la Ligue 2 de Football, tout comme Eurosport, Ma chaîne Sport et France Télévision !

Dans un autre registre, Numericable multplie aussi les efforts pour sortir du lot. Grâce à son réseau - le câble et la fibre sont d'excellents supports pour la TV - le cablo-opérateur table sur la qualité des flux HD et sur les nouveaux usages (multi-flux et multi-room) que l'ADSL ne supporte pas ou peu. Rappelons que le flux TV d'une chaîne HD pèse 12Mbits/seconde chez Numericable, soit deux fois plus que chez Free et SFR !

L'arrivée de la TNT, la fusion Canalsat/TPS et la montée en puissance des FAI ont donc bousculé le PAF depuis 2005. Que se passera-t-il dans les prochaines années ? Plusieurs tendances se dessinent déjà aujourd"hui. La première d'entre-elles concerne la manière de consommer la télévision. Avec la généralisation des Box multimédias et de la vidéo à la demande, les téléspectateurs apprécient l'idée de voir (ou revoir) les programmes de leur choix quand ils le désirent.

La délinéarisation a déjà commencé grâce aux TV de rattrapage (catch up TV) proposées par TF1 (myTF1), M6 (M6 Replay), Canal+ (Canal à la demande) ou encore par France Télévision. Ces nouvelles chaînes à mi-chemin entre la TV et Internet font un véritable tabac et sont l'objet de convoitise des opérateurs. Chacun essayant d'enrichir son offre avant l'autre (Orange avec France Télévision, SFR avec M6 Replay ou encore Numericable et ses nombreux accords). Free est l'opérateur le plus en retard à ce sujet mais la situation pourrait s'améliorer cet été avec l'intégration des services de catch-up TV de M6, TF1, W9 et Direct8.

De la même manière que la "TV on Demand", la convergence IP-TV devrait vraiment entrer dans les moeurs en 2010. En rapprochant les mondes de la TV et du web, les chaînes et les distributeurs misent sur l'interactivité pour séduire. Free s'est ainsi lancé dans l'aventure TV Perso, tandis que Numericable prépare sa "TV 2.0".