Conséquences sur la fin des frais de roaming en Europe

17 décembre 2015 à 12h00
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h36 -

Fin octobre, le Parlement Européen votait la loi qui mettra fin aux frais de roaming facturés aux clients des opérateurs mobiles dans toute l'Union Européenne dès juin 2017. Revenons sur ce projet et ses implications...

roaming

Cette annonce soulève de nombreuses questions quant à sa mise en place mais également à ses conséquences liées au manque à gagner pour les opérateurs européens. Ces frais d’itinérance, à savoir les frais facturés par les opérateurs pour les appels, l’émission de SMS/MMS et l’utilisation de données mobiles dès le passage d’une frontière hors de son pays de résidence, constituent en effet une vraie manne de près de 4 milliards d’euros par an, notamment pour les pays touristiques comme la France.

A partir du 15 juin 2017, les Européens devraient pouvoir utiliser leur forfait « comme à la maison », le fameux « Roaming Like At Home » (RLAH) : SMS, MMS, appels, surf sur internet effectués depuis n’importe quel pays de l’Union Européenne devraient coûter le même prix que dans le pays de résidence du consommateur.

La simplification sera probablement la première conséquence visible pour les consommateurs : tarifs journaliers, frais de dépassement, pénalités : autant de questions qu’ils n’auront plus à se poser et donc moins de stress à se retrouver avec des factures dithyrambiques, du moins lors des déplacements dans l’Europe des 28.

La mise en place de la fin des frais de roaming dans l’Union Européenne

union europeenneCependant de nombreuses questions restent en suspend et la Commission Européenne a lancé un consultation qui court jusqu’au 18 février 2016 pour déterminer les conditions de la mise en place de cette régulation. Une mesure qui nécessite de nombreuses précautions à étudier tant les marchés et les prix des télécoms sont différents dans l’Europe des 28.

En particulier celles liées à la rentabilité pour les opérateurs mobiles : comment s’assurer que les appels internes seront facturés au moins aussi cher que ce que l’opérateur étranger facture à l’opérateur local pour que son client utilise le réseau ? Par ailleurs, il faut aussi encadrer ce qu’est véritablement le roaming et quels frais sont pris en compte : les communications et le trafic prévus dans le forfait ou bien aussi le « hors-forfait » facturé habituellement bien plus cher. De même, le fair use est difficile à calculer : ce que l’utilisateur peut raisonnablement utiliser. Sans parler du fait de s’abonner à un opérateur étranger – moins cher – et d’utiliser ce forfait « comme à la maison » dans son pays de résidence. Des restrictions et des exceptions doivent forcément être mises en place.

Les conséquences économiques de la fin des frais d’itinérance dans l’UE

Une étude Juniper a étudié les effets liés à la fin de ces frais d’itinérance. Elle indique que les revenus des opérateurs liés aux frais de roaming devraient baisser, en particulier en Europe. Ainsi les prévisions de l’institut tablent sur 52 milliards de revenus en 2017, en baisse de 7% au niveau mondial, mais 28% en Europe ! Néanmoins, Juniper prédit que ces pertes devraient être compensées par l’utilisation des forfaits mobiles à l’étranger. Cette utilisation était jusqu’alors bridée par des tarifs prohibitifs, avec des frais moindres, elle devrait reprendre.
Stéphane Richard, PDG d’Orange déclarait ainsi en octobre sur France Inter : « Quand on baisse les frais de roaming, on voit que les gens consomment plus. On a eu trop en tête des revenus à court terme. Maintenant on joue le jeu à fond. »

En dehors de l’Union Européenne, les frais d’itinérance ne subiront pas de régulation et pourront continuer à exister, voire à augmenter légèrement et pourront aussi compenser, du moins en partie, le manque lié à la fin du roaming en Europe.

roaming en baisse

Par ailleurs Nithin Bhas, chercheur chez Juniper Research, indique que ce manque à gagner pourrait être compensé également par de nouveaux services, en particulier ceux liés aux contenus, qui devraient progresser et être valorisés.

Néanmoins, un certains nombre de clients continueront à ne pas utiliser les services de leurs opérateurs à l’étranger en utilisant une carte SIM locale à l’étranger, les services Wi-Fi gratuits ou plus simplement en coupant leur téléphone.

L’étude Juniper précise enfin que le nombre d’utilisateurs de service mobile pendant les vols ou les croisières qui utilisent donc le roaming, augmente, même s’il représente un faible pourcentage des revenus mobiles liés au roaming.

En attendant, à partir du 30 avril 2016, les frais de roaming ne pourront déjà pas excéder certains montants : 0.05€ par minute pour les appels vocaux, 0.02€ pour les SMS et 0.05€/Mo ppour l’internet mobile. D'autres questions ne manqueront pas de se poser sur l'utilisation de certains services en mobilité en Europe, notamment sur les abonnements de type Netflix ou Spotify.