La guerre des télécoms est bien mondiale

6 août 2014 à 16h24
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h40 -

Les grandes manoeuvres s'intensifient chez les opérateurs. Et certaines décisions prises aux Etats-Unis ou au Brésil peuvent indirectement rejaillir en France et en Europe.Cet été, le secteur des télécoms est inhabituellement actif ! Ces derniers jours, les propositions de rachat de T-Mobile USA par Iliad, et de GVT Brésil par Telefonica ont surpris et défrayé la chronique. De quelle manière ces mouvements de consolidation, qui interviennent à l'autre bout du monde, peuvent-elles influencer le marché des télécoms en France et en Europe ?

Il ne se passe plus un mois sans qu'un tremblement de terre ne secoue le marché mondial des télécoms. Ces dernières années, le secteur s'est transformé rapidement pour basculer d'un modèle national - dominé par des opérateurs historiques concurrencés par des opérateurs alternatifs locaux - vers un modèle plus complexe et plus global que l'on pourrait comparer à la "tectonique" pour reprendre l'expression de Stéphane Lelux, le PDG de Tactis.

A l'instar des plaques continentales qui se déplacent, convergent et se heurtent, les opérateurs télécoms s'affrontent de plus en plus un peu partout dans le monde. Les batailles commerciales ne se livrent plus sur les marchés domestiques mais de plus en plus sur de nouveaux fronts à coups de rachats/fusions.

Les exemples de ces derniers jours sont assez révélateurs de cette globalisation, qui n'est certes pas nouvelle, mais qui tend à s'intensifier du fait même des tensions sur le secteur des télécoms. Face aux lourds investissements consentis sur les réseaux fixes (fibre optique) et mobiles (4G), le nombre d'acteurs est voué à se réduire, et les groupes saisissent toutes les opportunités (y compris de l'autre côté de la planète !) pour créer de la valeur.

Les proies et les chasseurs

Pour illustrer cette guerre mondiale des télécoms, voici une liste non exhaustive de récentes opérations de fusions/acquisitions :

- USA : Verizon rachète les parts de Vodafone USA (130 milliards)
- USA : AT&T s'offre DirectTV (65 milliards)
- USA : Comcast rachète Time Warner Cable (45 milliards)
- USA : Softbank (Japon) s'offre Sprint (20 milliards)
- USA : T-Mobile acquiert MetroPCS (20 milliards)
- USA : T-Mobile convoité par Iliad (15 milliards)
- Royaume-Uni : Orange et Deutsche Telekom unissent leurs réseaux (EE)
- Royaume-Uni : Liberty Global rachète Virgin Media (23 milliards)
- Irlande : Hutchison (Hong-Kong) rachète O2 (1 milliard)
- Allemagne : Telefonica s'offre E-Plus (KPN)
- Allemagne : Vodafone acquiert Kabel Deutschland (8 milliards)
- Autriche : Hutchison rachète Orange Austria (1.3 milliard)
- Autriche : America Movil (Mexique) rachète Telekom Austria (1.5 milliard)
- France : Numericable s'empare de SFR (13 milliards)
- Pays-Bas : Liberty Global rachète Ziggo (13 milliards)
- Italie : Hutchinson (3 italia) discute avec Wind (Vimpelcom)
- Brésil : GVT convoité par Telefonica (7 milliards)
- Russie : rapprochement entre Rostelecom et Tele2
- Portugal / Brésil : Oi rachète Portugal Telecom
- Maroc : Maroc Télécom vendu par Vivendi à Etisalat (4 milliards)

La consolidation et son "effet papillon"

le secteur des télécoms est sous pressionCes exemples révèlent le jeu de Monopoly que se livrent les grands opérateurs de la planète. La consolidation du marché américain influence par exemple directement le marché européen par un simple effet de jeu de dominos. Échaudés par les rachats outre-atlantiques, de puissants groupes tels que Liberty Global ou Hutchison font leurs emplettes sur le Vieux Continent.

Et du coup, les opérateurs européens qui se désengagent d'Amérique cherchent à se renforcer en Europe. C'est le cas notamment de Vodafone et cela pourrait également être le cas de Deutsche Telekom dont la filiale américain, T-Mobile, est désormais convoitée par Iliad.

En Italie, l'opérateur 3 italia (Hutchison) cherche à s'allier avec Wind pour détrôner Telecom Italia. Peu connu en France, le groupe Hutchison (basé à Hong Kong) réalise désormais la moitié de son chiffre d'affaires en Europe. Il s'est ainsi récemment offert l'opérateur irlandais O2 en le rachetant à Telefonica.

Ce dernier est également très actif ! Après le rachat d'E-Plus, le 3ème opérateur mobile allemand - Telefonica vient de proposer 7 milliards d'euros à Vivendi pour acquérir GVT, le "Free" brésilien. Cette annonce risque ainsi de fragiliser un peu plus Telecom Italia dont la filiale brésileinne TIM Brazil - serait un peu plus marginalisée... une future proie pour America Movil ?L'opérateur mexicain, propriété du milliardaire Carlos Slim, est en effet à l'affût. Il s'est déjà emparé de Telekom Austria en Autriche pour faire face à Hutchison qui a lui-même racheté Orange Austria il y a 2 ans. Vous suivez encore ?!