SFR, Mediawan : les grandes manoeuvres se poursuivent dans les contenus

2 février 2017 à 16h40
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h30 -

En début de semaine, SFR d'une part, et la société du trio Niel, Pigasse, Capton d'autre part, ont annoncé de nouvelles opérations démontrant leurs ambitions respectives dans le domaine des programmes.

Si 2017 doit être l’année du client pour SFR, l’alimentation des tuyaux n’en reste pas moins au cœur de ses préoccupations. Nouveau pas dans cette direction : l’intention annoncée par le carré rouge de « prendre le contrôle exclusif » de NextRadioTV, qui signe la montée en puissance de sa stratégie de convergence, sous le regard désapprobateur de l’Arcep. De son côté, le véhicule boursier Mediawan, co-piloté par le patron de Free Xavier Niel, entend mettre la main sur le Groupe AB pour poser les fondations de son champion des médias européen.

NextRadioTV dans le giron de SFR

Les deux sociétés l’ont annoncé le 30 janvier dans un communiqué commun : elles ont « soumis au CSA une demande d’agrément » qui permettrait à SFR de « prendre le contrôle exclusif de NextRadioTV ». Projet également « pré-notifié à l’Autorité de la concurrence pour recueillir son accord », précisent-elles. A l’heure actuelle, le carré rouge ne détient que 49% du capital du groupe de médias dirigé par Alain Weill, qui chapeaute notamment la galaxie BFM (BFM, BFM Business, BFMTV, BFM Paris), RMC, ou encore Numéro 23, dans laquelle NextRadioTV entend du reste devenir majoritaire.

Une première en France

SFR et la convergence

Si l’opération était prévue depuis le rachat de NextRadioTV par Altice, elle ne devait pas, officiellement, intervenir si rapidement. Mais le groupe version Drahi a désormais pris l’habitude d’aller vite : « On a considéré que c’était le bon moment pour accélérer le processus », indique ainsi Alain Weill aux Echos, à qui un analyste explique du reste que la cette transaction « acte une réalité opérationnelle qui s’était consolidée depuis un an ».

Symboliquement, elle constitue toutefois une première : une fois validée par les autorités compétentes, l’opération permettra en effet à un groupe de télécoms de contrôler directement un important groupe de médias français, fait inédit sur notre territoire.

Mise en garde de l'Arcep

La fameuse convergence ratée par Vivendi à l’époque Messier est donc en passe de se concrétiser pour SFR, qui réaffirme son intention de s’investir « davantage dans l’édition de chaînes ». Et rappelle, par la voix de son PDG Michel Combes, ses « grands projets » prévus « au cours des prochains mois dans les séries et le cinéma. »

Pas de quoi rassurer l’Arcep, dont le président, Sébastien Soriano, venait tout juste de faire part au Financial Times de ses inquiétudes : « Si les opérateurs télécoms investissent massivement dans les contenus, cela risque fort de nuire aux investissement dans les réseaux en France", a-t-il prévenu. Et de réclamer un « message clair » de leur part sur les investissements « dans la fibre, la 4G, la 5G » plutôt que « cette espèce de discours permanent sur les contenus ».

Pour Xavier Niel, du contenu hors télécom

Un avertissement qui vaut pour SFR, mais aussi ses concurrents : si Bouygues Télécom a récemment réaffirmé qu’il n’entendait pas chasser sur ce terrain, Free, puis Orange ont chacun dégainé un bouquet Canal cet automne, sans parler des visées de Stéphane Richard sur Canal+… Son homologue Xavier Niel a, pour sa part, plusieurs fers au feu. Indépendamment d’Iliad, il est l’un des coactionnaires de Mediawan, un « SPAC », soit une structure cotée dédiée à l’acquisition d’autres sociétés, dont l’objectif et donner naissance à un champion européen de la production de contenus.

Et les fondations de cette entité s’appuieront sur le Groupe AB, que Mediawan s’apprête à racheter pour 270 millions d’euros. Il met ainsi la main sur un producteur, un catalogue de programmes conséquente et un éditeur de chaînes (RTL9, Mangas, AB Moteurs, Science & Vie TV…).

Mediawan : stratégie avec Groupe AB


« Une première étape vers la constitution d’une des plus grandes plates-formes indépendantes de contenus premium » en Europe, indique la présentation aux investisseurs, alors que « d’autres opportunités d’acquisition » sont à l’étude. En résulterait un groupe de médias qui aurait vocation à centraliser les productions et à approvisionner les chaînes, les cinémas, les opérateurs et surtout les différentes offres OTT qui prolifèrent actuellement. Avec du contenu de qualité produit en Europe, dont les dirigeants de la société soulignent la forte popularité.