L'avenir de Bouygues Télécom en 4 scénarios

10 juin 2014 à 12h42
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h40 -

Bouygues Télécom est au centre de toutes les attentions alors que le paysage européen des télécoms se consolide. Mais l'opérateur est-il vraiment à vendre ?Malmené par la concurrence de Free, recalé par Vivendi lors du rachat de SFR, condamné par les analystes financiers, Bouygues Télécom serait aujourd'hui le "maillon faible". Quels sont les scénarios envisageables pour la filiale télécom du groupe Bouygues ?

Un rachat par Free
Le rapprochement de Bouygues avec Iliad (maison mère de Free) est le scénario rêvé par les boursicoteurs ! Un mariage entre le troisième et le quatrième opérateur aurait du sens en équilibrant le marché aussi bien en nombre d'abonnés Internet et mobile qu'en capacité d'investissement.

En officialisant un accord sur la revente de son réseau en cas de rachat effectif de SFR, Bouygues Télécom et Free ont prouvé qu'ils pouvaient trouver un terrain d'entente. Un signal que les analystes ont perçu comme un signal d'une possible fusion. Selon Bloomberg, Free aurait d'ailleurs fait une proposition informelle de rachat pour un montant compris entre 4 et 5 milliards d'euros....alors que Bouygues valoriserait sa filiale entre 7 et 8 milliards (fréquences, antennes, 2 millions d'abonnés Internet et 11 millions de clients mobiles).

Le scénario du rachat par Xavier Niel est plausible puisqu'il permettrait à Free d'obtenir immédiatement un réseau 3G et 4G clé en main. Plutôt que d'investir et de déployer lentement dans la durée, Free pourrait ainsi résilier son coûteux contrat d’itinérance avec Orange (entre 800 millions et 1 milliard d'euro par an) et se concentrer sur la fibre optique par exemple. Néanmoins, que deviendraient les 9000 salariés de Bouygues ? Le risque de casse sociale est réel ce qui est impensable pour le Gouvernement compte tenu de la conjoncture actuelle.

Une fusion avec Orange
Et c'est justement dans ce contexte qu'un rapprochement de Bouygues avec Orange est à l'étude. Le mois dernier, le syndicat CFE-CGC de Bouygues publiait une lettre ouverte au Premier Ministre en soulignant "rapprocher Bouygues et Orange permettrait non seulement de sauver les emplois immédiatement menacés chez Bouygues Telecom, mais aurait également du sens en termes de synergie industrielle".

Compte tenu des milliers de départs en retraite - dont seulement une partie est remplacée - chez Orange, l'absorption des employés de Bouygues serait envisageable.

Cette hypothèse serait certes complexe mais qui séduirait plusieurs acteurs du dossier, à commencer par le Gouvernement. Dans le cas d'une fusion Orange/Bouygues, le ministère de l'Economie pourrait inciter Free à racheter à Orange le réseau mobile de Bouygues et obtenir de Free l'engagement qu'il intensifiera ses investissements dans le déploiement de la fibre optique. L'objectif étant bien entendu de respecter les délais et les objectifs de couverture du Plan France Très Haut Débit. D'après Les Echos, dans ce scénario, Free se serait engagé à co-investir 1.5 milliards d'euros en 5 ans dans le déploiement FTTH en partenariat avec Orange.

Orange a mandaté deux banques d'affaires pour étudier le dossier Bouygues. Deux barrières devront être levées dans l'optique d'un rapprochement Orange/Bouygues. La première est bien évidemment la place de Bouygues au sein du futur ensemble. L'opérateur obtiendrait-il une participation au sein d'Orange - et si oui dans quelle mesure - ou bien, se désengagera-t-il totalement des télécoms et obligera-t-il Orange (et donc dans une certaine mesure aussi l'Etat) à mettre davantage la main au portefeuille ? La seconde barrière est liée à SFR : quelles compensations SFR/Numericable exigera-t-il si Bouygues rompt l'accord de mutualisation mobile signé en début d'année à l'occasion d'une fusion avec Orange ?

Un investisseur étranger ?
Si la presse se fait l'écho de discussions informelles entre tous les opérateurs français, il ne faut pas oublier que c'est tout le marché européen - et même mondial - qui est actuellement en phase de concentration. Une éventuelle vente de Bouygues Télécom pourrait donc bénéficier également à un opérateur étranger intéressé pour investir en France et consolider ainsi ses positions.

Malgré les menaces d'ordre politique et réglementaire, certains opérateurs d'importance sont toujours à l'affût d'une opportunité sur le marché européen. C'est notamment le cas du groupe Hutchison, d'America Movil, AT&T ou encore Liberty Global. Sans oublier les opérateurs voisins tels que Vodafone et Telefonica. Rappelons d'ailleurs que Bouygues entretient déjà des relations fortes avec l'opérateur espagnol Téléfonica.

Et si Bouygues restait seul ?
Très attaché à sa filiale télécom, Martin Bouygues pourrait tout simplement décider de ne pas vendre. Bien que Bouygues Télécom ne soit plus la machine à cash qu'elle fût avant 2012, l'opérateur dispose de nombreux atouts. Au prix d'un changement de stratégie, de son positionnement et de son modèle économique, Bouygues pourrait choisir de lutter.

Dans la pratique, les faits sont déjà là. L'opérateur a déjà réalisé un vaste plan d'économie tout en simplifiant sa gamme (fin des offres ideo par exemple). Enfin, plus récemment, il a décidé de s'attaquer aux marges que Free réalise dans l'ADSL en proposant son offre Bbox à partir de 19.99€.

Malgré une importante couverture 4G de la population, le succès n'est pas autant au rendez-vous que prévu. Pour "survivre", l'opérateur a d'ores et déjà annoncé qu'un second plan d'économies sera présenté demain avec à la clé 1500 licenciements selon certaines sources syndicales. S'il en a encore le temps, Bouygues pourrait retourner contre Free ses propres armes, en simplifiant ses offres au maximum pour limiter les dépenses de support telles que le marketing et l'informatique.

Bouygues est loin d'avoir tiré ses dernières cartouches. L'opérateur sera le premier à commercialiser dans quelques jours des forfaits mobiles avec le standard LTE-Advanced qui permet de booster les débits de la 4G (jusqu'à 180 Mbit/s) en agrégeant des fréquences 800Mhz, 1800Mhz et/ou 2600Mhz.

Bouygues peut également rebondir sur le marché de la fibre optique jusqu'à l'abonné (co-investissement et réseaux d’initiative publique) encore peu exploité malgré millions de foyers raccordables à Paris, Haut de Seine, Lyon, Marseille, Toulouse, Nice et Bordeaux notamment. Selon nos confrères de Lafibre.info, une nouvelle gamme d'offres Bbox FTTH serait d'ailleurs proposée avant la fin du mois.