Débit Wi-Fi : nos conseils pour l'améliorer, avec Hélène Rallé, spécialiste Wi-Fi chez Orange

Une personne se connecte en W-Fi sur son ordinateur
12 novembre 2020 à 12h29
- Mis à jour le 23 novembre 2020 à 10h54 -

Votre débit Wi-Fi est faible ou décevant par rapport aux capacités de votre connexion Internet ? Le point sur ce qui peut perturber votre réseau sans-fil, et comment l'améliorer.

Votre réseau Wi-Fi passe mal dans votre logement. La couverture est mauvaise, ou le débit est trop bas pour une utilisation d'Internet correcte, ou bien inférieur à celui indiqué par votre opérateur. À partir du moment où votre box Internet envoie correctement le signal, plusieurs possibilités : soit ce dernier est bloqué, soit il est brouillé, soit il est atténué, soit encore il n'est pas idéalement distribué. Nous faisons le point sur les différents sources de perturbation et obstacles au Wi-Fi chez vous, avec l'aide d'une spécialiste du sujet. Hélène Rallé, déléguée d'Orange au sein de la Wi-Fi Alliance, l'un des deux organismes qui édictent les normes Wi-Fi, nous fait profiter de son expertise. Objectif : y voir plus clair sur ce qu'il faut faire – et ne pas faire – pour avoir un bon réseau Wi-Fi chez soi.

Le débit en Wi-Fi, c'est celui de la box (normalement)

C'est une idée reçue à laquelle on s'est habitué : le Wi-Fi, c'est très pratique, mais ça ne vaut pas une connexion en Ethernet à la box. C'est sans doute vrai côté stabilité, mais une connexion en Wi-Fi est-elle systématiquement synonyme de déperdition de débit ? "Si la box est bien conçue, non. Sur des box plus anciennes, il y a pu avoir des problèmes liés à des contraintes techniques, concède Hélène Rallé, mais dans les faits, il n'y a pas de limites à la norme Wi-Fi : si on a 15 Mb/s qui entrent dans la box, on doit pouvoir retrouver 15 Mb/s sur le Wi-Fi". A vérifier, par exemple, en réalisant un test de débit sur un ordinateur ou un smartphone connecté en Wi-Fi.

De même avec les débits plus musclés de la fibre optique : le réseau sans-fil domestique est bel et bien en mesure de taquiner le 1 Gb/s. Voire de le dépasser, en combinant les deux bandes de fréquences Wi-Fi utilisées par les routeurs fournis par les opérateurs. Actuellement, avec une box récente dotée de la norme Wi-Fi 5, et si les appareils utilisés (ordinateurs, smartphones...) disposent eux-mêmes de suffisamment d'antennes Wi-Fi, on peut espérer jusqu'à 200 Mb/s sur la bande 2,4 Ghz, et jusqu'à 900 Mb/s sur le 5 GHz. En tout cas sur des largeurs de canaux classiques, mais ne brûlons pas les étapes. 

"Si on utilise deux appareils en même temps, par exemple un smartphone sur le 2,4 GHz et un ordinateur pour un gros téléchargement sur le 5 GHz, on devrait pouvoir, en débit cumulé, dépasser le 1 Gb/s", résume Hélène Rallé. Et la toute jeune norme Wi-Fi 6 peut même faire encore plus fort. Reste qu'au quotidien, le Wi-Fi reste souvent bien en deçà des performances que devrait délivrer votre connexion, bridé qu'il est par l'environnement dans lequel il se déploie. Les nouvelles box des fournisseurs Internet parviennent à desserrer ce goulot d'étranglement grâce notamment à certaines fonctionnalités de Wi-Fi intelligent. Malgré tout, il y a déjà quelques bonnes pratiques à connaître pour améliorer la couverture Wi-Fi.

Un homme n'arrive pas à se connecter à Internet à cause du mauvais réseau Wi-Fi

Les obstacles au Wi-Fi

Pour optimiser la diffusion du Wi-Fi dans votre logement, mieux vaut déjà ne pas placer sa box Internet n'importe où. On conseille parfois de la positionner au centre du logement, mais on fait comme on peut avec la configuration de sa maison ou de son appartement. Reste qu'il y a quelques règle à suivre et quelques critères à prendre en compte.

Ne pas cacher sa box

L'idée est donc de placer la box là où elle diffusera le mieux le signal pour toutes les pièces où il est utile. On pourra ensuite optimiser la couverture Wi-Fi par d'autres moyens que nous verrons ensuite. Un point essentiel est surtout d'éviter de planquer sa box : camoufler son modem est le meilleur moyen d'en dégrader les performances. En particulier dans une armoire technique aux parois métalliques. "Les métaux sont opaques aux ondes", rappelle en effet notre experte du réseau sans-fil. Raison pour laquelle mobilier industriel, radiateurs ou encore miroirs peuvent être à l'origine d'une mauvaise réception Wi-Fi.

Les murs, évidemment

Ce conflit entre réseau sans-fil et éléments métalliques "peut expliquer aussi des perturbations plus importantes occasionnées par des murs en béton armé", poursuit Hélène Rallé. D'une manière générale, le béton reste le matériau de construction commun le moins accommodant avec le Wi-Fi. Mais les épais murs en pierre des constructions anciennes ne sont pas non plus un cadeau.

Pour profiter du réseau convenablement, dans toutes les pièces, il n'y aura sans doute pas d'autre choix que de composer avec la nature des murs de votre habitation (ainsi que des sols si elle comporte des étages). Ils ne bloqueront pas le signal, mais en atténueront forcément la propagation. Le béton plus que la brique, et la brique plus que les cloisons en plaque de plâtre qui sont, on s'en doute, plus permissives.

Se méfier de l'eau qui dort

Autre obstacle physique au Wi-Fi régulièrement cité : les aquariums – "c'est comme si on avait un mur en métal", résume notre spécialiste. Et même à plus petite dose, l'eau n'est pas la meilleure alliée des réseaux sans-fil. Elle peut ainsi jouer les trouble-fête en extérieur, quand la diffusion du Wi-Fi se fait sur la bande de fréquences 2,4 GHz. "Cela correspond à une fréquence qui est atténuée par l'eau. Ce qui fait que, dans le cas d'une utilisation en outdoor, un hotspot, par exemple, peut avoir de moins bonnes performances quand il y a du brouillard ou quand il pleut".

Wi-Fi et vitrages : pas (toujours) un obstacle

Et puis il y a le cas des fenêtres et autres baies vitrées, entre un séjour et un balcon, ou dans une véranda par exemple. Les doubles vitrages, notamment, sont régulièrement soupçonnés de réfléchir le signal Wi-Fi et donc d'empêcher sa diffusion. L'atténuer peut-être, quant à lui faire complètement obstacle, ce n'est pas systématique, tempère Hélène Rallé. Les vitrages peuvent en effet poser problème pour le Wi-Fi "quand ils sont renforcés par un traitement métallique, invisible à l'œil nu, qui peut perturber la propagation. Cela fait cage de Faraday. On en trouve notamment dans des vitrages anti-effraction ou les vitrages athermiques, mais aussi de plus en plus dans les fenêtres classiques".

Le métal, encore et toujours... À l'inverse, le simple fait d'ouvrir ses fenêtres peut aussi, dans certains cas, avoir un impact sur le Wi-Fi, ajoute la spécialiste des réseaux sans-fil. "Cela revient à faire entrer plus d'ondes de l'extérieur" : le réseau mobile ou encore le Wi-Fi des voisins (celui-là, on y reviendra plus en détail ensuite). Mais ces ondes sont loin d'être les seules susceptibles de perturber votre réseau sans-fil, aux prises avec les émissions de tout un tas d'autres appareils à la maison.

Brouillage Wi-Fi : la guerre des ondes

Avant de faire un sort à ces équipements fauteurs de trouble, insistons sur un point : les Wi-Fi de nos box peuvent émettre sur deux bandes de fréquences actuellement. Les modems les plus récents des opérateurs sont dits dual band, et utilisent, comme leur nom l'indique, deux bandes de fréquences : 2,4 GHz et 5 GHz. En revanche, les box plus anciennes - d'avant 2012 à 2014 en fonction des fournisseurs d'accès - ne recourent qu'à la bande 2,4 Ghz pour établir le réseau sans-fil. De même que nos vieux ordinateurs ou smartphones. Et c'est cette dernière qui est particulièrement vulnérable aux interférences des autres appareils.

Les fours micro-ondes

Lesquels ? Tous ceux qui émettent précisément sur cette bande, ou à son voisinage. Exemple régulièrement cité : les fours micro-ondes. Les vieux modèles, surtout, qui "bavaient vraiment sur toute la bande des 2,4 GHz, alors que les plus récents émettent sur beaucoup moins de bande". Tout est question d'étanchéité, poursuit Hélène Rallé. "Un four neuf ne fuit pas trop, mais au bout de quelque temps, le joint commence à fuir, donc les micro-ondes vont finir par sortir quand même. Comme il suffit de signaux très faibles pour brouiller le Wi-Fi, cela risque déjà d'engendrer des perturbations sur le 2,4 GHz". Un désagrément qui vaut aussi bien si on place sa box près de son four – dans un tout petit studio par exemple – que si on consulte son smartphone près du micro-ondes.

Une jeune femme capte mal le Wi-Fi près de son four micro-ondes

Baby-phones, téléphones sans-fil et autres

On peut également citer le cas des baby-phones ou des télécommandes de garage émettant sur des fréquences proches de celles du Wi-Fi à 2,4 GHz. Ou encore un autre appareil du quotidien potentiellement coupable de friture sur le Wi-Fi : le téléphone fixe sans-fil. Bien qu'il émette sur 1 900 Mhz, donc assez loin des 2 400 MHz, ce type d'appareil également connu sous le doux nom de DECT, va lui aussi, en pratique "venir baver et brouiller le bas de la bande du Wi-Fi à 2,4 GHz", explique notre spécialiste. Qui conseille donc de "ne pas poser sa base de téléphone sans-fil sur sa box Internet. Bien que certaines soient équipées de filtres, si cet équipement est trop proche, elle ne pourra pas tout filtrer"

On évoque aussi souvent les perturbations sur le Wi-Fi émanant d'une autre technologie sans-fil, le Bluetooth. Pour Hélène Rallé, c'est plutôt l'inverse qui se produit : "le Bluetooth a plutôt tendance a être brouillé par le Wi-Fi, sauf sur certains protocoles, comme par exemple l'A2DP", explique-t-elle. De même pour le Zigbee, standard utilisé par de nombreux équipements domotiques. Comme le Bluetooth, il évolue sur la bande des 2,4 GHz, mais c'est plutôt lui qui pâtira d'un brouillage par le Wi-Fi.

Les fréquences mobiles

Le Wi-Fi en 2,4 GHz peut même être perturbé par des fréquences utilisées par la téléphonie mobile. Les bandes 2,3 Ghz ou 2,5 Ghz, par exemple, empruntées par la 4G – pas en France, mais l'hypothèse est à envisager si vous vous trouvez à l'étranger. Ceci dit, même sous nos cieux, certaines fréquences mobiles peuvent se révéler perturbatrices : le réseau GSM sur 1 800 MHz de la 2G peut ainsi venir brouiller le Wi-Fi fonctionnant sur 2,4 GHz, confirme notre experte des réseaux sans-fil.

Là aussi, les filtres intégrés aux box des opérateurs peuvent en atténuer l'impact. Ils ne peuvent rien, en revanche, pour les perturbations engendrées par certaines fréquences de téléphonie mobile sur le Wi-Fi à 5 GHz, comme nous les verrons plus loin. Un cas limite qui ne saurait occulter les immenses avantages du Wi-Fi en 5 GHz. En particulier si vous habitez en ville, où les pires ennemis de votre réseau sans-fil sont souvent… les autres réseaux Wi-Fi.

Débit Wi-Fi : gare aux embouteillages

Vous l'avez sûrement remarqué si vous habitez dans un appartement en ville : votre ordinateur ou votre téléphone détecte sans mal 10, 20 voire 50 réseaux Wi-Fi actifs aux alentours. Chaque voisin ou presque a le sien, et s'y connecte avec son propre identifiant. En revanche, tout le monde va utiliser la même bande de fréquences. Problème : celle qui fut à l'origine attribuée au Wi-Fi, en 2,4 GHz, donc, n'est divisée qu'en 13 canaux de 20 Mhz de large, chacun se chevauchant de surcroît :

wifi-24Ghz

Source : Michael Gauthier, Wireless Networking in the Developing World KelleyCook, image improvements Whidou, French translation, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Autant dire que l'on peut rapidement se retrouver sur le même canal qu'un voisin. Pour peu qu'on s'en aperçoive, faut-il alors en changer (de canal, pas de voisin) ? "Ce n'est pas forcément une bonne idée », nous répond Hélène Rallé. "Lorsqu'on est en co-canal, c'est-à-dire sur le même canal qu'un voisin, on va partager le débit du Wi-Fi. Si on passe sur un canal adjacent (par exemple, je suis sur le canal 7, mon voisin est sur le canal 6 ou 8), on va dégrader les performances par rapport au co-canal. Et si on choisit un canal + ou – 2 (je suis sur le canal 7 et mon voisin est sur le canal 5 ou 9), c'est le pire des cas en Wi-Fi. On reçoit quand même des ondes, mais c'est du brouillage, il n'y a plus de résolution des collisions qui se fait au niveau du protocole Wifi. Le débit passe alors à 12,5% pour chacun, au lieu de 50% en co-canal". Il faut en réalité 3 canaux d'écart minimum pour optimiser les performances de chacun. Raison pour laquelle les canaux Wi-Fi les plus efficaces sur la bande 2,4 GHz sont 1, 6 et 11, mis en évidence dans l'illustration ci-dessus.

De quoi faire de la place pour trois réseaux Wi-Fi sans qu'ils se chevauchent afin qu'ils bénéficient d'un débit optimal. Cela s'avérera rapidement insuffisant, malgré tout, en habitat dense, où l'on retrouvera beaucoup plus réseaux sur ces trois canaux. Par ailleurs, le débit sur le 2,4 GHz plafonnera à 150 - 200 Mb/s, sur des canaux de 20 MHz. Il y a certes la possibilité de doubler la largeur de canal à 40 Mhz sur cette bande, et donc le débit théorique disponible. Mais là encore, sous conditions. Cela peut-être intéressant s'il n'y a pas d'autre réseau Wi-Fi dans les parages, à la campagne par exemple. Mais dans un environnement d'habitat dense, cela risque d'être vraiment contre-productif. En passant à 40 MHz de largeur, on va en effet occuper les deux tiers des canaux Wi-Fi disponibles. On empiétera donc très probablement sur les plates-bandes des voisins, et tout le monde sera perdant.

Mais plutôt que de devoir partager son débit avec un ou plusieurs voisins sur la bande des 2,4 GHz, on aura tout intérêt à profiter du Wi-Fi en 5 GHz. Ce qui devrait être à votre portée si vous disposez d'une box relativement récente et d'un terminal compatible.

Un routeru Wi-Fi avec les voyant 2,4 GHz et 5 GHz allumés

Wi-Fi 5 GHz : trois points forts

Plus rapide...

Premier avantage du Wi-Fi en 5 GHz, et non des moindres : ses meilleures performances en termes de débit. Ce grâce à sa compatibilité avec le Wi-Fi 5 (ou Wi-Fi 802.11ac), supportée par toutes les box commercialisées aujourd'hui par les fournisseurs Internet. Au programme, entre autres (nombreux avantages), une bande passante accrue grâce, notamment, à des largeurs de canaux plus importantes : 40, 80, voire 160 MHz dans certains cas. L'équivalent d'autoroutes où le trafic pourra s'écouler beaucoup plus rapidement. Et donc mieux adaptées aux centaines de Mb/s de débit des box fibre, par exemple. "Cela va changer au fur et à mesure que les équipements Wi-Fi 6 vont se répandre, puisque le Wi-Fi 6 concerne à la fois le 2,4 et le 5 GHz", anticipe toutefois Hélène Rallé.

...moins perturbée

La bande des 5GHz est d'autant plus intéressante qu'elle est moins sujette aux interférences émanant des autres appareils, celles que nous avons listées plus haut. Un exception à signaler : certaines fréquences 4G. "Elles vont générer des harmoniques qui vont tomber pile dans certains canaux de la bande 5 GHz utilisée par le Wi-Fi. Et ça, les box ne peuvent pas le filtrer", prévient Hélène Rallé. En d'autres termes, "si vous avez une antenne 4G en face de chez vous, pour un opérateur donné, il est possible de dire sur quel canal vous risquez d'avoir des problèmes avec la bande Wi-Fi 5 GHz".

... et moins encombrée

Enfin, le découpage de la bande de fréquences Wi-Fi 5 GHz permet de limiter le phénomène de saturation. Elle s'appuie en effet sur 19 canaux distincts, et cette fois-ci sans superposition : 

canaux-5-ghz-2

Adapté de IOL, UNiversity of New Hampshire

Assez pour contenter tout le monde dans un immeuble, a priori. En pratique, c'est un peu plus compliqué que ça. Même si le 5 GHz offre plus de place pour permettre à plusieurs réseaux de cohabiter dans de meilleurs conditions, l'idéal est toujours de sélectionner le canal le moins encombré possible. Comme la sélection automatique proposée par nos box n'est pas toujours idéale, il peut être intéressant d'aller choisir manuellement les meilleurs canaux Wi-Fi dans l'interface de gestion du routeur de votre opérateur. Voici les adresses pour y accéder en fonction de votre fournisseur d'accès à Internet : 

  • Orange ou Sosh : http://livebox/ ou 192.168.1.1
  • Free : mafreebox.freebox.fr
  • SFR / RED : 192.168.1.1 (ADSL / fibre)  ou 192.168.0.1 (câble)
  • Bouygues Telecom : https://mabbox.bytel.fr ou 192.168.1.254

On pourra effectuer ces modifications dans la partie "paramètres avancés" de la rubrique Wi-Fi. En gardant à l'esprit quelques règles de fonctionnement somme toute assez simples.

Comment choisir le meilleur canal Wi-Fi 5 GHz ?

Lorsque l'on change de canal Wi-Fi 5 GHz, il y a d'abord un petit piège à éviter, prévient notre spécialiste. "Sur la bande 5 GHz en norme Wi-Fi 5 ou 6, les canaux qui sont utilisés font 80 ou 160 MHz de large. Mais la connexion est identifiée sur un seul canal primaire, qui ne fait que 20 MHz. Donc on peut voir son voisin sur le 36, se mettre sur le 44 et en fait se trouver sur le même canal que lui, puisque le canal d'envoi des données fait en réalité 80MHz de large et englobe les canaux 36, 40, 44 et 48"

Quand on opte pour un canal Wi-Fi en 5 GHz, c'est donc en réalité une section de canaux que l'on choisit. Très souvent, avec une largeur de 80 MHz, votre box vous proposera 36 à 48, 52 à 64, 100 à 112... A partir de 120, cela se complique. En effet, au-delà du 48, les canaux dits "DFS" sont soumis à des contraintes : "Des radars peuvent être présents sur les canaux 52 à 140, or il est interdit de brouiller un radar, en particulier pour les canaux 120, 124 et 128 où se trouvent des radars météos, encore plus protégés". Sur ces canaux prioritaires, le modem devra vérifier régulièrement qu'il n'est pas indésirable. Le cas échéant, il devra déménager immédiatement, si bien que l'utilisateur pourra finalement se retrouver sur un canal autre que celui qu'il avait choisi au départ...

Quand cela arrive, certaines box ont tendance à jouer la sécurité et se replier sur les canaux du bas de la bande, 36 à 48, où n'évoluent pas les radars. Il s'agit d'ailleurs, bien souvent, de la section assignée par défaut dans votre modem pour le Wi-Fi à 5 GHz. Chez certains opérateurs, ce sont aussi les seuls que l'on peut sélectionner manuellement. Enfin, ces canaux sont aussi les seuls que certains terminaux bas de gamme sont en mesure de détecter pour se connecter en 5 GHz. Autant de raisons pour lesquelles les canaux 36 à 48 sont généralement les plus utilisés.

Comment savoir si c'est le cas dans votre voisinage ? Pour en avoir le cœur net, il suffit de réaliser un scan des réseaux Wi-Fi. Cet outil de diagnostic est normalement disponible dans l'interface de gestion de votre box, aux adresses indiquées plus haut. Alternative : l'application Wi-Fi Analyzer, qui vous permettra également de visualiser les réseaux actifs alentour. Et en zone d'habitat dense, il y en a parfois beaucoup :

reseaux-wifi-24-5 (1)

Scan de réseaux Wi-Fi en zone dense (Wi-Fi Analyzer)  :

à gauche : bande 2,4 GHz , au centre : canaux 5 GHz 36 à 64, à droite : canaux 5 GHz 100 à 144

Si le Wi-Fi de votre box est calé sur l'intervalle 36-48 et que vous constatez, comme sur le scan ci-dessus, un embouteillage sur cette section, il peut donc être judicieux de déménager. Pour ce faire, dans la rubrique "paramètres avancés" du Wi-Fi, il faudra activer les canaux DFS. Et choisir manuellement un intervalle supérieur, à partir du canal 52. Tout en gardant à l'esprit qu'au moindre signe de radar, certains routeurs vous repositionneront automatiquement tout en bas de la bande...

Pour les détenteurs d'une Livebox d'Orange, la recommandation d'Hélène Rallé est toutefois de "laisser l'algorithme de sélection de canal choisir". Car, par défaut, les Livebox 4 et Livebox 5 iront automatiquement "sélectionner un de ces canaux du haut de la bande, sans venir perturber un radar éventuellement présent". Et si elles en rencontrent un, elle se déplaceront sur le canal DFS le plus élevé disponible. L'objectif est double : éviter les canaux 36-48, les plus encombrés, mais aussi optimiser la couverture Wi-Fi. En effet, sur les canaux 100 et plus, la puissance d'émission est plus importante, et le signal portera plus loin.

Wi-Fi 2,4 GHz ou 5 GHz : lequel choisir ?

Deux bandes de fréquences pour profiter du Wi-Fi, donc. Lorsque vous allumez votre box pour la première fois, et que vous ne touchez à rien, elles seront toutes les deux en service. Mais, face aux sérieux avantages du 5 GHz, le 2,4 GHz sert-il encore à quelque chose ? La réponse est oui : déjà, certains appareils plus anciens ne sont compatibles qu'avec cette bande, et pas le 5 GHz. Ensuite, la nouvelle norme Wi-Fi 6 va permettre de mieux exploiter cette bande 2,4 GHz, pour peu que l'on dispose d'une box Wi-Fi 6 et d'un terminal compatible - ceux-ci sont encore relativement peu répandus pour l'instant.

Surtout, on met souvent en avant les meilleures performances du Wi-Fi 2,4 GHz en termes de couverture. Cette bande de fréquences est en théorie mieux à même d'atteindre les pièces les plus éloignées de la maison. C'est en partie vrai, mais Hélène Rallé tempère : "Sur les canaux du haut de la bande 5 GHz – canal 100 et plus - avec un point d'accès de bonne qualité, on peut disposer d'une puissance d'émission suffisante pour que le lien soit maintenu sur une bonne distance". En limite de couverture, le 2,4 GHz finira, certes, par prendre le relais, mais avec des débits qui ne permettront plus de faire grand chose. Si une pièce au moins subsiste dans cette zone d'ombre, il faudra sans doute songer à une autre solution pour la couvrir, de type répéteur Wi-Fi par exemple.

Même remarque de notre spécialiste concernant l'autre intérêt de la bande la plus basse : la propagation à travers les obstacles, notamment les murs. Sur ce point aussi, le 2,4 GHz fera mieux que le bas de la bande 5 GHz (canaux 36 à 48). Mais sur un canal haut, le 5 GHz devrait pouvoir s'en tirer à peu près aussi bien que le 2,4 GHz. Raison pour laquelle, au-delà de la question de l'encombrement, il peut être intéressant de pousser manuellement le 5 GHz au-delà du canal 100, afin que cette bande plus performante couvre un peu mieux le logement.

Encore faut-il aussi que ces deux bandes soient attribuées judicieusement aux différents appareils connectés du foyer. "Le souci est que c'est le terminal qui va décider sur quelle bande il va s'associer quand il a le choix. Et ce choix n'est pas forcément optimal, explique Hélène Rallé. Certains terminaux vont systématiquement privilégier le 5 GHz, d'autres le 2,4 GHz".

Vous n'aurez peut-être pas à vous en soucier si vous détenez une box Internet de dernière génération. Les nouveaux équipements commercialisés ces deux dernières années par les différents FAI, sous les normes WI-Fi 5 ou Wi-Fi 6, sont en effet dotés de la fonctionnalité band steering. Ils sont ainsi en mesure de "guider" un terminal donné vers la meilleure bande de fréquences, voire le meilleur canal. Avec plus ou moins de précision cependant. Cela dépend des box : elles peuvent prendre en compte "tout un tas d'autres paramètres dans ce choix, comme le débit demandé par l'application utilisée par le terminal, la charge du canal Wi-Fi d'origine et la charge du canal cible, la présence d'autres équipements prioritaires sur le 5 GHz par exemple". La représentante d'Orange met naturellement en avant l'expertise maison : "Les algorithmes de sélection automatique de canal et de band steering que nous avons mis en place pour nos Livebox sont très pointus et prennent en compte tous les critères possibles."

Fréquences Wi-Fi : faites bandes à part

Sans ce type d'équipement dernier cri, il faudra s'assurer que chaque appareil s'associe à la bande la plus adaptée. Nous avons vu que, par défaut, les box Internet des opérateurs établissent le réseau Wi-Fi simultanément sur les deux bandes de fréquence, 2,4 GHz et 5 GHz. Mais l'utilisateur a la possibilité de "forcer" les terminaux à utiliser l'une ou l'autre. Cela nécessitera de scinder son réseau Wi-Fi en deux pour établir un point d'accès en 5GHz et un point d'accès en 2,4 GHz. Une opération assez simple à réaliser, toujours via l'interface de gestion de votre box. Dans la rubrique Wi-Fi, section "paramètres avancés", vous aurez la possibilité de créer deux réseaux avec deux noms (ou SSID) différents.

Une femme attribue des réseaux -Wi-Fi à ses différents appareils

Il restera ensuite à choisir, dans la liste des réseaux détectés par chaque appareil, de se connecter à l'un ou à l'autre. En fonction de leur utilisation par exemple. Les terminaux réservés aux usages "sobres" – navigation et bureautique notamment – pourront ainsi être positionnés sur 2,4 GHz. Les appareils destinés aux utilisations plus gourmandes en débit - TV, streaming, visio, jeux vidéo, téléchargements lourds - seront quant à eux avantageusement branchés sur le 5 GHz. S'il n'est pas consacré à ce type d'usages intensifs, un smartphone pourra être de préférence associé au 2,4 GHz. Cela pourra permettre de maintenir la connexion dans les pièces les plus reculées de la maison, voire à l'extérieur.

Mais ce n'est qu'une possibilité. Le choix peut être imposé par votre matériel, car certains appareils anciens ne seront peut-être tout simplement pas compatibles avec le 5 GHz. Tout dépend aussi de la configuration de votre logement. Un équipement séparé par un mur de la pièce où se trouve votre box aura peut-être intérêt à être positionné sur le 2,4 GHz, quel que soit l'usage.

Autre cas de figure, quand on a deux appareils (ou plus) à connecter en Wi-Fi, l'un proche de la box, et l'autre éloigné. Explications d'Hélène Rallé : "Un équipement qui sera proche de la box ou du routeur envoie des paquets de données très rapides, et un équipement qui est en limite de couverture envoie des paquets très longs. Or le Wi-Fi est un protocole très poli : chacun parle à son tour. Le réseau transportera alternativement un paquet rapide, un paquet long, ce qui fait que les deux terminaux auront le même débit, et ce sera à peu près le débit de celui qui est le plus éloigné. Par exemple, on a une imprimante en téléchargement alors qu'elle se trouve en limite de couverture Wi-Fi, et dans le même temps on fait un test de débit sur son nouveau téléphone : le résultat risque d'être très décevant au final à cause du faible débit sur l'imprimante en limite de couverture".

Sans aller jusqu'à ce cas extrême, si vous vous apercevez qu'un terminal éloigné "bride" le débit d'un appareil proche, assigner le 2,4 GHz au premier et le 5 GHz au second pourrait donc être une bonne idée. Une autre illustration de l'intérêt de créer deux réseaux distincts pour y connecter chaque appareil, en fonction de son usage et/ou de sa place dans le logement par rapport à la box. A moins, encore une fois, de disposer d'un modem récent qui se charge de faire le travail. Au-delà des obstacles et autres brouillages, c'est peut-être cette association préférentielle d'un réseau à chaque appareil qui vous permettra d'améliorer le Wi-Fi pour tous les terminaux du foyers. Ordinateurs, smartphones, TV, consoles, montres et autres objets connectés, parfois présents en plusieurs exemplaires dans le foyer : ils sont de plus en plus nombreux et nécessiteront, au fil du temps, une connexion Wi-Fi toujours mieux optimisée.

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