Stadia : le futur du jeu vidéo et du cloud gaming

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29 mars 2019 à 16h53
- Mis à jour le 30 avril 2019 à 12h24 -

Google a annoncé son arrivée dans l'univers du jeu vidéo avec Stadia, une plateforme de cloud gaming qui sera lancée cet automne. Les jeux vidéo en streaming existent déjà mais Google promet des innovations pour une expérience de jeu hors du commun. Avec Stadia, Google vend du rêve.

C'est quoi Stadia ?

Stadia, c’est encore un rêve. Mais, s'il vient à se réaliser, ce n'est ni plus ni moins que "le futur du gaming ", dixit Google qui s"apprête à faire ses grands débuts dans l'univers du jeu vidéo. Instantanéité, résolution haute qualité, configuration haut de gamme, ou encore une expérience de jeu hors du commun : c'est tout ça qu'il y aura dans Statia, la future plateforme de jeu vidéo en streaming.

Stadia sera au jeu vidéo ce que Spotify est à la musique et Netflix au cinéma. Un service qui permet de jouer à des jeux vidéo à partir de n'importe quel écran, à condition qu'il utilise Androïd ou en passant par le navigateur Chrome : un ordinateur, une télévision, un smartphone ou une tablette. D'après Google, il sera même possible de commencer une partie sur un écran et la terminer sur un autre.

Tout se fait en streaming. Il suffit d'un écran, d'une manette et d'une connexion à Internet. Pas de téléchargement, pas de console de jeux : tout se passe dans le cloud et dans les datacenters de Google.

Alors, vous allez me dire que le cloud gaming existe déjà et vous avez bien raison. Plusieurs plateformes de jeux vidéo en streaming sont déjà sur le marché. Mais, à ce jour, aucun acteur présent sur le marché du jeu vidéo à la demande n'a la puissance financière de Google. Ce qui permet à Google de mettre en place une plateforme de cloud gaming à nulle autre pareille. Si le rêve devient réalité bien sûr.

La promesse de Stadia : le jeu en très haute définition

Lors de la présentation de Stadia, Google a laissé plané le doute sur plusieurs points. Mais, le géant du numérique a mis en avant la qualité de son service avec une puissance pour chaque joueur de 10,7 téraflops en calcul graphique, bien mieux que les 4,2 téraflops de la Playstation 4 Pro et les 6 téraflops de la Xbox One, actuellement les deux consoles de jeux vidéo les plus puissantes du marché.

En clair, pour le lancement de Stadia, Google promet des jeux en résolution 4K, avec couleurs HDR, à 60 images par seconde et avec le son surround. L'entreprise s'est même engagée à aller encore plus loin et a promis de monter jusqu'à 8K et 120 images par seconde. Une puissance de feu inégalée et une expérience de jeu unique, nous dit-on.  Enfin, selon Google, il faudra approximativement une connexion entre 20 et 25 Mb/s en débit réel pour jouer sur Stadia. Pour une expérience en 4K, la bande passante la plus haute demandée par Google sera de 30 à 35 Mb/s. Il faudra donc avoir accès au Très haut débit et à la fibre optique.

Quels jeux vidéo dans le catalogue de Stadia ?

Les jeux vidéo. C'est ce qui décidera de la réussite ou de l'échec de Stadia. Peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse, a-ton coutume de dire. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Google est un novice dans le cloud gaming.

Google fait son arrivée dans l'univers du jeu vidéo et semble avoir conscience de l'enjeu. C’est d'ailleurs pour ça que le géant américain a recruté du beau monde pour sa plateforme de jeu vidéo en streaming. L'homme placé à la tête de Stadia est Phil Harrison, un vétéran de Sony passé par Microsoft. Google a aussi fait signer Jade Raymond, une ancienne de Ubisoft et EA. Elle est installée à un poste stratégique : responsable de Stadia Games and Entertainment, le nouveau label de Google. Sa mission : recruter des studios qui développeront des jeux en exclusivité pour Stadia.Les jeux de Ubisoft devraient être accessibles sur Stadia

Il faut dire que Google aura du mal à nouer des partenariats avec des éditeurs. Peu probable en effet que les meilleurs jeux, les AAA, soient vendus à 60€ ou plus dans le commerce et qu’ils soient disponibles en même temps dans un abonnement à 15 ou 20€ mensuels. Certains éditeurs auraient malgré tout accepté de suivre Google dans l'aventure Stadia : Ubisoft, qui édite Assassin’s Creed : Odyssey, ou bien Id Software, qui édite Doom Eternal, deux jeux qui ont été mis en avant lors de la présentation de Stadia.

Stadia, YouTube et la manette Stadia : le combo parfait

Que Google soit propriétaire de YouTube, c'est une chance pour Stadia. Car, YouTube est au cœur de la nouvelle plateforme de jeu vidéo en streaming. En effet, les serveurs de Google vont envoyer un flux au joueur pour qu'il puisse jouer. Mais, ils vont aussi en envoyer un deuxième stream vers les serveurs de YouTube, pour créer une vidéo en même temps qu'on joue. Une lien de filiation qui est au cœur de Stadia.

Google veut rendre le jeu vidéo aussi facilement accessible qu'une page web. En clair, cela veut dire qu'il sera possible de regarder sur YouTube une vidéo d'un jeu et d'avoir seulement à cliquer sur un lien pour pouvoir y jouer. Passer d'une vidéo Youtube au jeu vidéo en moins de cinq secondes, une rêve qui deviendra bientôt réalité à en croire Google. Une prouesse qu'il sera possible d'accomplir à partir de la bande annonce d'un jeu ou, encore mieux, à partir de la partie d'un autre joueur.

"Niveau marketing, la promesse de pouvoir acheter et jouer en un clic est très séduisante", se félicite Mylène Lourdel, consultante en communication dans l'industrie du jeu vidéo.Grâce à la manette Stadia, il sera possible de passer d'une vidéo YouTube au jeu en moins de cinq secondes

Néanmoins, pour réaliser cette prouesse, il faudra s'équiper de la manette Stadia. Un pad, tout ce qu'il y a de plus classique en apparence. Mais, cette manette se distingue des autres par un un bouton qui permet d'appeler Google Assistant. Idéal pour trouver de l'aide sur YouTube quand on bloque sur un jeu. Le tout, sans quitter le jeu.

Stadia : des fonctionnalités pour partager son expérience de jeu

Des fonctionnalités innovantes : c'est ce qui permet à Stadia de se démarquer des autres plateformes de jeux vidéo en streaming déjà existantes. Des fonctionnalités qui, en plus, permettent de partager son expérience de jeu. 

Commençons d'abord par l'a fonctionnalité "Crowd Play". Elle va permettre aux gens regardant un livestream sur YouTube demander à rejoindre une partie si le jeu prend en charge le mode multi-joueurs. L'autre innovation est la fonctionnalité "State Share". Elle vise à partager avec le public un moment spécifique d'un jeu. Il suffit d'un clic pour vivre le même moment que le joueur. C'est à dire prendre une partie en cours de route, pour se confronter à un autre joueur et voir si on s'en sort mieux que lui.

Enfin, dernière innovation, liée à la manette Stadia : le bouton "Capture" pour lancer un enregistrement vidéo du gameplay et le partager.

Stadia : beaucoup de promesses... et beaucoup d'incertitudes

Avec Stadia, Google fait saliver les gamers. Google vend du rêve. Mais, quand ce rêve sera-t-il accessible ? Impossible de le savoir car aujourd'hui, "trop d'incertitudes entourent l'arrivée de google avec Stadia dans l'univers du jeu vidéo", juge Olivier Avaro, le patron de Blacknut, l'un des pionniers du cloud gaming qui nous a accordé une interview.

Premièrement, Google n'a pas annoncé de date de lancement pour sa future plateforme de cloud gaming. On sait juste qu'elle devrait être disponible cet automne, aux États-Unis, Canada, Royaume-Uni et dans de nombreux pays européens, dont la France. Sans plus de précisions.

Autre incertitude, et non des moindres : le modèle économique de Stadia. En effet, la question du prix est en suspens. Il y a fort à parier que Google va miser sur une formule par abonnement. C'est du moins l'avis de nombreux observateurs. Selon eux, Google aura du mal à se contenter d'un forfait à 10€ par mois. À moins que Google ne fasse comme Netflix avec plusieurs formules d'abonnement.

Mais, selon Lewis Ward, directeur de la division gaming du cabinet d'analyse IDC, Google se calquera sur les prix actuellement pratiqués par les plateformes déjà existantes : 15€/mois, comme PlayStation Now, avec des promotions régulièrement.

Néanmoins, d'autres hypothèses circulent. L'une d'elles évoque un modèle économique avec la gratuité d'utilisation contre collecte de données et publicités ciblées, pour attirer un maximum d'utilisateurs sur sa plateforme de jeux vidéo en streaming.

Stadia : un rêve réellement accessible ?

Google a un rêve : réunir deux milliards de joueurs dans la communauté Stadia. Quand aux gamers, ils rêvent d'accéder à toutes les fonctionnalités de Stadia. Mais, ces deux rêves vont-ils devenir un jour réalité. Le rêve de Google est une finalité. Et, autant vous dire qu'il n'est pas prêt de se réaliser. Pour une raison simple : l'accès de la population au très haut débit.La réussite de Stadia dépendra de l'accès de la population au très haut débit

Pour faire fonctionner les jeux de Stadia en 4K, Google évoque une connexion à Internet de 30 à 35 Mb/s. En débit réel, bien sûr. Il sera donc indispensable d'être éligible à la fibre optique pour profiter pleinement de Stadia. Or, en France, seulement 37% des foyers sont éligibles à la fibre optique.

Cet automne, Stadia ne sera donc accessible qu'à un peu plus d'un tiers de la population française. Quand Stadia sera accessible, vous aurez donc tout intérêt à faire un test pour savoir si vous éligible à la fibre ou un test de débit pour connaître la vitesse de votre connexion à Internet . Autant dire que si la révolution est en marche, cette marche va durer longtemps, très longtemps. Car, dans de nombreux pays, la fibre optique n'est encore qu'un rêve.

Autre problème de taille : la bande passante. Netflix représente déjà 15% de la bande passante, YouTube 10%. Or, un jeu vidéo peut être beaucoup plus gourmand en bande passante qu'une vidéo. Et, si Stadia nécessite une bande passante trop importante, la plateforme de cloud gaming sera limitée à un petit nombre de clients potentiels. En outre, aux États-Unis, plusieurs fournisseurs d'accès à Internet ont déjà imposé des plafonds à partir duquel le débit diminue. Et, vous pensez vraiment que les vrais gamers vont s'offrir un abonnement à 15 ou 20€ pour une expérience dégradée ou limitée dans le temps ? Pas sûr.

Autant se le dire toute de suite : avec Stadia, Google nous a vendu du rêve et ce rêve est encore loin d'être une réalité.

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