5G : Bouygues souhaite un nouveau report de l'attribution des fréquences

25 mai 2020 à 14h54
- Mis à jour le 25 mai 2020 à 14h54 -

Dans une Tribune accordée au Figaro, le patron du groupe Bouygues estime que la 5G n'est "pas une urgence pour la France" et juge préférable de "reporter à la fin 2020 ou au début de 2021" le processus d'attribution des fréquences de la 5G.

Bouygues pas pressé de voir arriver la 5G

Initialement, l'attribution des fréquences du nouveau réseau mobile 5G devait avoir lieu en avril. Mais, il y a quelques semaines, à cause du coronavirus, le processus d'attribution des fréquences de la 5G a été repoussé à "fin juillet", ou "en septembre", annonçait Sébastien Soriano. "Cela dépendra de la vitesse de sortie du confinementem>, précisait le président de l'Arcep, le régulateur des télécoms. Jusqu'à ce week-end, aucun des quatre opérateurs concerné, à savoir Bouygues Telecom, Free, Orange ou SFR ne s'était exprimé contre ce nouveau calendrier de la 5G.

En effet, voilà que le 22 mai, dans une tribune écrite dans les colonnes du Figaro, Martin Bouygues, le patron du groupe éponyme est sorti du bois. Dans cette tribune, appelant à "être pragmatique", il juge que "la situation du pays, qui se relève avec difficulté d’un terrible cauchemar sanitaire humain et économique, commande de repousser de quelques mois supplémentaires l’attribution des fréquences 5G".

En clair, Martin Bouygues souhaite un report du lancement de la 5G et "appelle le gouvernement et le régulateur à tenir compte des éléments qui suivent pour prendre cette décision de bon sens". Et Martin Bouygues de proposer un nouveau calendrier pour la 5G, avec des enchères qui aurait lieu fin 2020 ou début 2021.

Martin Bouygues veut un nouveau calendrier pour la 5G

Toutes les raisons de Martin Bouygues pour reporter la 5G

Tout d'abord, Martin Bouygues estime que la 5G est une technologie certes "prometteuse", mais "loin d'être mature". "Pour le grand public, les usages potentiels véritablement innovants n'arriveront pas avant 2023 ou 2024", avance-t-il.

Mais ce n'est pas tout, le patron de Bouygues constate aussi la 5G suscite "plus de méfiance et de scepticisme que d'engouement et d’enthousiasme". Ces derniers mois, en effet, les anti-5G donnent de la voix pour dénoncer les effets de la 5G sur la santé. En l'absence de données scientifiques sur les risques potentiels liés à la 5G, le plus grand flou demeure. Cette ignorance empêche d'avoir un climat serein autour de la 5G et sert de terreau aux anti-5G qui s'en donnent à cœur joie, entre les destructions d'antennes mobiles dans plusieurs pays européens, dont la France, et la multiplication sur les réseaux sociaux des thèses complotistes liant la 5G à la propagation du coronavirus. "Dans ce contexte, il me paraît nécessaire de prendre le temps de la pédagogie et de la conviction. On peut prendre quelques mois pour expliquer et entendre, plutôt que passer en force", propose Martin Bouygues.

À propos de la consommation énergétique de la 5G, il assure qu'"escamoter le débat public serait une grave erreur, s'agissant d'une préoccupation importante de nos concitoyens, notamment des plus jeunes". "On ne construit pas la technologie de demain contre la jeunesse. Voyons ce qu'il en est précisément, confrontons les expertises, échangeons les arguments", avance-t-il.

Enfin, Martin Bouygues pense qu'il faut repousser les enchères des fréquences 5G "tout simplement parce que le monde économique d'aujourd'hui n'est plus du tout le même que celui qui prévalait début mars, lorsque les conditions de l'enchère ont été fixées".

Ceci dit, "le groupe Bouygues participera à la mise aux enchères des fréquences 5G quelle que soit la date qui sera retenue pour les organiser".

Martin Bouygues souhaite un nouveau report du processus d'attribution des fréquences 5G.

L'Arcep s'étonne des propos de Martin Bouygues

Comme il fallait s'y attendre, la réponse de l'Arcep à Martin Bouygues n'a pas traîné. Samedi, soit deux jours après la tribune du patron du groupe Bouygues dans les colonnes du Figaro, Sébastien Soriano s'est dit surpris de ne pas avoir reçu la moindre demande de Bouygues Telecom concernant un éventuel report des enchères 5G, pas même une note d'analyse. Si il considère que, "par définition", "tant que ce n'est pas fixé, c'est ouvert", il rappelle qu'aujourd'hui, "les options principales, c'est juillet ou septembre". Sébastien Soriano estime qu'il y quelque chose d'"étonnant dans la méthode" et "attire l'attention de Martin Bouygues sur le fait qu'il reste très peu de temps avant la décision de l'Arcep".

Il y a néanmoins un point sur lequel il est d'accord avec Martin Bouygues : "la nécessité d'une bonne appropriation de la 5G". "La 5G, dit-il, ne doit pas être vécue par nos concitoyens comme quelque chose de forcé, de poussé par un lobby contre l'intérêt des Français. L'Arcep veut faire en sorte que la 5G se développe comme un bien commun."