5 questions sur la 5G (et une 6ème sur la 6G)

5g-interrogations
31 mai 2019 à 17h15
- Mis à jour le 27 juin 2019 à 16h50 -

La 5G n'est pas encore là mais elle fait déjà parler d'elle. Comme chaque technologie nouvelle, elle ne laisse personne indifférent. La 5G séduit autant qu'elle inquiète et suscite bien des interrogations. Nous avons tenté de répondre à certaines d'entre elles.

Qui va commercialiser la 5G et à quel prix ?

Le gouvernement a confié les clefs de la 5G aux opérateurs téléphoniques, et plus précisément aux quatre plus gros : Bouygues Telecom, Free, Orange et SFR. Ce sont eux qui commercialiseront en France les offres 5G.

Pourtant, comme en Allemagne, les industriels spécialisés dans des branches comme la santé, les transports ou l'énergie, les "verticaux", comme on les appelle, ont été invités à participer à l'aventure 5G. L'Arcep, le gendarmes des télécoms, était prête à leur attribuer des fréquences pour qu'ils se lancent dans des expérimentations. L'Arcep avait même mis en place un guichet. "On a lancé un appel à pilotes mais, ils ne sont pas venus", regrette Sébastien Soriano, son président. "Il n'y a pas de demande très claire de la part des industriels", estime de son côté Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État chargée des télécoms.

Certaines grosses entreprises,  comme EDF, Airbus, la SNCF, la RATP, Enedis et Air France, s'intéressent à la 5G mais, de manière générale, l'enthousiasme des industriels est pour le moment tout relatif. Cet automne, ils ne participeront pas à la mise aux enchères des fréquences 5G. Ce qui, d'une certaine manière, arrange bien le gouvernement. Car, dans un premier temps, la largeur du spectre de fréquences attribuées à la 5G sera réduite. Il sera réservé aux opérateurs qui devront néanmoins jouer et laisser les industriels profiter pleinement de la 5G et proposer de services spécifiques.Les opérateurs téléphoniques seront les seuls à commercialiser la 5G dans un premier temps

Au début, donc, la 5G sera réservée aux opérateurs téléphoniques qui seront les seuls à proposer des abonnements. En revanche, aucune information sur le prix des offres 5G. Interrogés à ce sujet, ils ont préféré botter en touche. Selon eux, il est encore trop tôt pour estimer le prix d'un forfait 5G. Xavier Niel, patron de Free, a simplement déclaré vouloir rester sur les "valeurs historiques" de Free Mobile. Alors, la 5g au prix de la 4 G chez Free, on peut y croire.

Pour se faire une idée, en Grande Bretagne, Vodafone commercialisera cet été ses offres 5G au même prix que la 4G. Chez l'opérateur EE, les forfaits 5G sont facturés 5 livres (5,66€) de plus par mois que la 4G.

La 5G couvrira-t-elle 100% du territoire ?

"Notre ambition est de couvrir un maximum de la population et d'usages en déployant dans chaque situation la technologie la plus adaptée." Cette phrase est signée Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État chargée des télécoms. C'est une manière très habile de dire que la 5G n'est pas adapté à toutes les zones du territoire. Encore plus franchement, cela veut dire que la 5G pour tous est une utopie. Bien sûr, la secrétaire d'État ne peut pas le dire mais, par cette phrase, elle signifie qu'en France, certains ne connaîtront jamais la 5G, ou alors pas avant longtemps, très longtemps. Ceux-là mêmes, précisément, qui n'ont pas encore la 4G ou alors avec une mauvaise qualité de connexion.La 5G sera d'abord réservée aux grandes villes

En effet, la 5G sera d'abord réservée aux villes qui concentrent le plus de population. Dans les zones les moins densément peuplées, en milieu rural par exemple, il faudra se contenter du réseau 4G. D'ailleurs, les objectifs de déploiement de la 5G "sont connus et seront tenus", poursuit Agnès Pannier-Runacher, comme pour rassurer les oubliés de la 4G et mieux leur faire avaler la pilule.

En 2018, contraints par le gouvernement, les opérateurs se sont engagés à généraliser la réception 4G sur le réseau mobile existant d'ici à 2020. Aujourd'hui, 99% de la population est couverte par la 4G mais, cela ne signifie pas que la qualité de la connexion mobile est toujours très bonne. En 2018, le débit moyen en 4G en milieu rural est de 14 Mb/s alors qu'il était de 43 Mb/s en zones denses. La fracture numérique existe encore et ce n'est pas demain que la 5G va y mettre fin.

Où en est la France dans le déploiement de la 5G ?

Soyons francs, la France n'est pas encore à l'heure de la 5G. Si on est gentils, on dira que la France n'est pas dans le peloton de tête des pays qui déploient la 5G. Si on l'est moins, on dira qu'elle est même carrément à la traîne.

Même si la vente aux enchères des fréquences 5G aura lieu cet automne, "la France est en retard par rapport à ses voisins européens", souligne une étude de Xerfi, un institut privé et indépendant. Xerfi pointe également le faible nombre d'expérimentations de la 5G en France. Au 1er juillet 2019, l'Arcep, le gendarme des télécoms avaient autorisé 208 expérimentations 5G. Certaines sont terminées, d'autres sont toujours en cours.La France est en retard dans le déploiement de la 5G.

En France, les premières offres  5G seront commercialisées en 2020, dans "plusieurs villes", comme le souhaite le gouvernement. En 2025, la 5G devra couvrir les grandes agglomérations et les axes routiers prioritaires.

Pour se faire une idée du retard pris par la France dans la course à la 5G, il est bon de savoir qu'en Allemagne et en Italie, la mise aux enchères des fréquences 5G est terminée. Pire, le 17 avril, la Suisse a été le premier pays européen à activer son réseau mobile 5G, imitée ensuite par la Finlande, la Suède, l'Estonie et la Grande-Bretagne. Monaco devrait suivre dans les semaines à venir. Ailleurs dans le monde, la 5G est déjà commercialisée aux États-Unis, en Corée du Sud, aux Émirats Arabes Unis, au Qatar. Et, plus surprenant, dans un petit pays comme le Lésotho.

Attention toutefois à ne pas se méprendre. Dans ces pays, les services de la 5G sont limités géographiquement à certaines villes et touchent très peu de clients. Le réseau mobile futur est un enjeu géopolitique et c'est une course de vitesse.

Quelle est la nouvelle technologie utilisée par la 5G ?

La 5G, ce n'est pas une mais des nouvelles technologies. Et, c'est l'agrégation de ces nouvelles technologies (massive MIMO, beaforming, small cells...) qui permet à la 5G d'être porteuse d'autant de promesses.

Commençons par les antennes Massive MIMO. Ces antennes 5G acceptent plus d'une centaine de connecteurs (128), contre une douzaine seulement pour les antennes 4G.Les antennes 5G acceptent une centaine de connecteurs

En outre, les antennes 5G fonctionnent en Full Duplex. C'est à dire qu'un émetteur-récepteur peut émettre et recevoir des informations en même temps sur la même fréquence. De leur côté, les antennes 4G alternent entre la transmission et la réception sur la même fréquence. C'est pourquoi elles sont dotées de 8 connecteurs pour l'émission et 4 pour la réception. Les connecteurs d'une antenne 5G font les deux à la fois. C'est pour la technologie Full Duplex permet de doubler la capacité des réseaux téléphoniques et de données.

Autre technologie mise en avant avec la 5G : le beamforming. Grâce au beamforming, les antennes MIMO fonctionnent comme un phare directionnel. Le signal est dirigé dans une direction précise au lieu d'être émis dans toutes les directions, comme une antenne 4G.Le beamforming est une technologie mise en avant par la 5G.

Avec le beamforming, le signal radio est dirigé vers les utilisateurs et les dispositifs quand cela est nécessaire plutôt que d’émettre en permanence et partout. Ainsi, les ondes superflues aux alentours des utilisateurs sont considérablement réduites , voire éliminées. En clair, le signal est adapté aux besoins de l'utilisateur.

En outre, avec la 5G, la bande des 26 GHz va être utilisée, pas dans un premier temps mais, à termes. C'est la bande fréquence des ondes millimétriques. Elles apportent les débits les plus élevés mais, en contrepartie, leur portée est limitée à quelques centaines de mètres et leur pénétration dans les bâtiments est faible. Ce qui nécessite l'installation de nouvelles antennes, des small cells, au plus près des utilisateurs. Des antennes de taille réduite qui peuvent être placées dans des lampadaires ou des arrêts de bus.

La 5G : un danger pour la santé ?

La 5G, c'est la promesse d'un débit très supérieur à la 4G et d'un nombre d'objets connectés sur un même réseau multiplié par 10. De fait, "la 5G augmentera l'exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquences". C'est du moins l'avis de 230 scientifiques et médecins qui ont lancé en septembre 2017 un moratoire commun craignant des effets dommageables de la 5G pour la santé.

En effet, la 5G nécessite des fréquences toujours plus élevées et donc, selon eux, possiblement nocives pour l'organisme. La spécificité de ces ondes, c'est leur fiable propagation. Ce qui suppose l'installation de davantage d'antennes, plus proches des gens et émettrices d'ondes toujours plus puissantes. Des ondes qui, d'après ce collège de scientifiques, peuvent avoir des conséquences potentiellement néfastes sur les organismes. "Risque de cancer, stress cellulaire, augmentation des radicaux libres nocifs, dommages génétiques et du système reproducteur, déficits d'apprentissage et de mémoire, troubles neurologiques", listent les scientifiques.

Selon l'OMS, les ondes électromagnétiques sont rangées dans la catégorie des cancérogènes possibles. Mais, précise-t-elle, "la recherche n'a pas pu fournir de données étayant une relation de cause à effet". Quant à l'Anses, l'agence française de sécurité sanitaire, "il n'apparaît pas fondé, sur une base sanitaire de proposer de nouvelles valeurs limites d'exposition pour la population générale". Ce qui signifie qu'il n'y aurait pas de danger pour la santé tant que l'on reste en dessous des seuils d'exposition aux ondes définis par la loi. Et, selon l'ANFR, l'Agence Nationale des Fréquences, "les téléphones qui seront compatibles avec la 5G n’émettront pas davantage d'ondes que les smartphones actuels, qui se situent sous les seuils réglementaires". En outre, avancent les pro 5G, les antennes émettront des ondes ciblées sur un smartphone et pas en continu, uniquement en cas de besoin

Mais, pour les militants anti-ondes comme Robin des toits, ces seuils sont "trop élevés" et, "ils ont été faits par les opérateurs eux-mêmes du fait du fort lobby de l'industrie". Quant aux experts des agences, "ils sont liés aux acteurs du domaine".

Alors, faut-il appliquer le principe de précaution ? À chacun de se faire son avis.

Et on parle déjà de la 6G ...

La 5G n'est pas encore totalement une réalité mais la 5G, c'est déjà pour les ringards. C'est Donald Trump qui l'a dit. Le Président américain veut la 6G "dès que possible". "Il n'y a aucune raison pour que nous restions à la traîne", estime Donald Trump, sur fond de crise avec la Chine et Huawei à propos de la 5G, devenue un enjeu géopolitique entre les deux pays.

Cela peut paraître surprenant mais, oui, la 6G est déjà un sujet de recherche. L'université du Jiangsu, une province au nord de Shangaï a constitué une équipe chargée d'effectuer des recherches sur la 6G. En outre, en Corée du Sud, le groupe LG a annoncé l'ouverture d'un centre de recherches sur la 6G, en partenariat avec un institut de sciences et de technologies de Séoul. En Europe aussi, on planche déjà sur la 6G. En mars, des scientifiques de 28 pays se sont en effet réunis sur le sujet en Laponie. 

À en croire certains retours, la 6G pourrait être 10 fois plus rapide que le 5G. Mais, elle pourrait aussi bien ne jamais voir le jour. Car, si la 5G est réellement une technologie de rupture, alors, l'évolution des réseaux mobiles pourrait se poursuivre sans passer par la création de nouveaux standards.  C'est du moins l'avis de l'architecte en chef du réseau de l'opérateur britannique BT Group qui, déjà, en 2017, déclarait : "Espérons que nous n'aurons pas besoin de 6G". C'est à rien y comprendre.

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