La 5G est-elle dangereuse pour la santé ?

17 juin 2019 à 17h46
- Mis à jour le 12 mai 2020 à 16h45 -

Le futur réseau mobile 5G va permettre d'absorber la croissance exponentielle du trafic mobile et annonce une révolution des usages. C'est très bien. Mais on en oublierait presque de se poser une question essentielle : la 5G représente-t-elle un danger pour la santé ?

La 5G : quel impact sur la santé ?

Le réseau mobile 5G n'est pas encore là. En France, il deviendra une réalité en 2020. En attendant, on nous promet une révolution technologique et une révolution des usages. Mais, on parle assez peu des répercussions que la 5G pourraient avoir sur la santé. En effet, à cause des ondes électromagnétiques et du nombre d'antennes 5G qu'il va falloir déployer, le nouveau réseau mobile suscite de la méfiance. Certaines personnes, et non des moindres, s'inquiète des potentiels effets néfastes de la 5G sur la santé.

Comme le sujet n'a pas encore été tranché par la communauté scientifique, la controverse gagne du terrain et les anti-5G s'en donnent à cœur joie, notamment sur les réseaux sociaux, où ils n'hésitent à répandre des fake-news. La dernière en date revient à accuser la 5G d'être à l'origine et de propager le Coronavirus. Certains publient même des vidéos avec des commentaires du genre "La 5G doit brûler". Résultat : des mats supportant antennes 5G ont été incendiées, d'abord en Grande-Bretagne, puis aux Pays-Bas et en Belgique.

De nombreux médecins et associations s'inquiètent des effets néfastes potentiels de la 5G sur la santé.

La 5G inquiète autant qu'elle ne fascine. Et c'est le cas depuis un moment déjà. En septembre 2017, en effet, 230 scientifiques et médecins du monde entier ont lancé un moratoire commun sur les dangers de la 5G. "La 5G augmentera l'exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquence", ont-ils prévenu. Ils évoquent notamment les ondes millimétriques. D'une portée assez courtes, elles vont nécessité le déploiement de davantage d'antennes relais.

Ces médecins et ces scientifiques anticipent les effets néfastes de ces ondes millimétriques sur la santé : "un risque de cancer, de stress cellulaire, d'augmentation des radicaux libres nocifs, de dommage génétique et du système reproducteur, de déficits d'apprentissage et de mémoire, de troubles neurologiques". La liste est longue mais pas vraiment rassurante. Pour justifier leurs craintes, les experts s'appuient sur une étude du National Toxicology Program américain, la plus vaste jamais effectuée sur le sujet.

En France, en janvier 2020, deux associations, Priartém et Agir pour l'Environnement, ont déposé un recours devant le Conseil d'État, la plus haute juridiction de l'ordre administratif, pour demander la suspension du processus d'attribution des fréquences du réseau mobile 5G, dont le coup d'envoi a été donné le 20 décembre 2019. 

Les deux associations reprochent au gouvernement de se lancer dans un "projet pharaonique", et ce "dans la plus grande précipitation" et "sans en mesurer les conséquences". Elles craignent des risques "sur la santé", mais aussi "l'environnement et les libertés publiques". Le Conseil d'État a refusé d'accéder à leur demande mais se prononcera sur le fond avant l'été. Une décision qui satisfait Priartém et Agir pour l'Environnement qui dénoncent "l'absence d'évaluation sanitaire et environnementale du déploiement de la 5G".

Les deux associations ne sont pas les  à s'inquiéter du manque de données scientifiques sur les effets potentiels de la 5G sur la santé. En mai 2020, une trentaine de députés Les Républicains de l'Assemblée Nationale ont demandé la création d'une enquête parlementaire. Ils estiment en effet  "que le travail d'identification des publications a mis en évidence un manque important, voire une absence de données relatives aux effets biologiques et sanitaires potentiels dans les bandes de fréquence considérées".

Qu'en est-il vraiment des dangers de la 5G ?

Il est encore impossible de répondre clairement à cette question et, c'est bien là le problème. L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), a été chargée par le gouvernement de "conduire une expertise sur l'exposition de la population aux champs électromagnétiques découlant de cette technologie et aux éventuels effets sanitaires associés".

En janvier 2020, dans un rapport préliminaire, elle a indiqué qu'il lui est encore impossible de déterminer les effets sanitaires des ondes émises par la 5G. Elle "manque de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels" pour rendre des conclusions pertinentes, attendues au 1er trimestre 2021.

Néanmoins, l'Anses "ne voit pas en quoi les signaux de la 5G seraient fondamentalement différents et plus dangereux que ceux de la 4G. Même si la transmission des signaux s'effectue avec un autre codage, cela ne change pas grand-chose à l'interaction entre les champs électromagnétiques et le vivant. Ce qui interagit avec le corps humain, c’est l'onde électromagnétique, l'énergie transportée et la manière dont elle est déposée dans le corps : répétée, en continu, hachée… Sur ce point, la 5G ne sera pas différente de la 3G ou de la 4G".

L'Anses a malgré tout identifié "deux champs d'évaluation des risques distincts" correspondant aux deux nouvelles bandes de fréquences 5G, autour de 3,5 GHz et de 26 GHz. La première sera utilisée dès la commercialisation de la 5G, la seconde ne le sera que plus tard.

Et, dans tout ça, que dit l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé). En 2011, elle a classé les ondes électromagnétiques dans la catégorie des cancérogènes "possibles" pour l'homme. Mais, elle précise aussi que "la recherche n'a pas pu fournir de données étayant une relation de cause à effet".

La question est maintenant de savoir si les seuils d'exposition aux ondes vont être dépassés avec la 5G ? Non, répond l'ANFR (Agence Nationale des Fréquences). "Les téléphones qui seront compatibles avec la 5G n’émettront pas davantage d'ondes que les smartphones actuels, qui se situent sous les seuils réglementaires", assure L'ANFR. Quant aux antennes relais, "le seuil fixé par la 5G est le même que pour la 4G et n'est jamais atteint actuellement", poursuit-elle. L'Anses, de son côté, a expliqué qu'elle n'hésitera pas à recommander une modification des seuils d'exposition si son analyse devait révéler "des effets particulièrement inquiétants".