État des lieux de l'Internet du 2nd trimestre 2016 Akamai : un retard de la France qui s'aggrave ?

1 octobre 2016 à 12h28
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h31 -

Comme tous les trimestres, le rapport State of the Internet par Akamai Technologies est un moment important pour suivre au niveau mondial l'évolution des connexions à Internet. Hélas, une fois encore, les chiffres sont décevants pour notre pays.

Alors même que les derniers bilans officiels annoncent des résultats encourageant sur la couverture du territoire par les réseaux numériques, mobiles ou fixes, avec encore cette semaine le vote du projet de loi pour une République Numérique par le Sénat, vu de l'extérieur, le tableau semble nettement moins idyllique !
Même s'il faut prendre avec certaines précautions ce bilan issu d'outils propres à Akamai et notamment basé sur le trafic sur le protocole IPv4 pour l'internet, ces mesures qui sont les mêmes pour tous et un suivi depuis plusieurs années, restent néanmoins un indicateur sérieux sur les tendances des connexions à Internet dans le monde...

Déjà, dans son précédent rapport sur l'Etat de 'l'Internet, la France pointait au 45ème rang mondial pour le débit moyen Internet constaté, et un trimestre plus tard, nous passons à la 49ème position. Si cela peut être imputé à l'entrée de nouveaux pays dans cette étude, cela signifie également que ces nouveaux entrants sont mieux placés que la France, ce qui n'est pas vraiment satisfaisant. Au niveau Européen, nous restons stable dans ce classement : sur 31 pays de la zone Euro, nous sommes en 27ème position , très loin du peloton de tête !

SOTI Akamai



Une progression du débit moyen annuel sous la moyenne

En un trimestre, nous sommes surtout passé en connexion moyenne constatée de 9,9 Mbit/s à 9,6Mbit/s, une baisse trimestrielle de 2,8% plus importante que celle constatée en Europe sur la même période (-2.2%). Pas très glorieux, même si de nombreux pays subissent de grosses chutes (-11% pour la Slovaquie, -8,8% pour la Suède, -5,8% pour la Norvège...).
Sur un an, avec une amélioration de 21%, la France progresse heureusement, se situant dans la milieu de tableau sur la progression de la vitesse moyenne de connexion, assez loin cependant des +55% de la Norvège et de la Croatie ou des +46% de l'Espagne. Pour rappel, au niveau mondial, la moyenne de connexion internet (IPv4) est de 6,1 Mbit/s , en légère baisse depuis trois mois.

Akamai SOTI Q2 2016


Si le taux d'adoption du THD avec un débit supérieur à 15 Mbit/s , est en progression de 82% sur un an en France selon Akamai, il reste toujours aux alentours de 14% , en stagnation par rapport au précédent rapport SOTI (State of the Internet). Enfin sur les temps de chargement moyen des pages , en France nous sommes à 3,35 secondes, là où la Suède ou le Danemark sont à moins de 1,8 secondes.
Vous pouvez consultez le rapport complet (en anglais) sur le site Akamai.

1600% d'augmentation du trafic data mobile en 5 ansPar contre, sur mobile, on retrouve un facteur multiplicateur de seulement 1,1 (soit 3,7s), là où la plupart des autres pays européens sont à 1,2 à 1,5 fois plus !
Sur les 58 pays inclus dans ce rapport, avec des mesures qui selon Akamai peuvent être sujettes à de nombreux 'facteurs parasitaires', on trouve en Europe pour la vitesse de connexion internet mobile moyenne :
- en tête le Royaume-Uni (23,1 Mbit/s)
- suivi par la Belgique (21,1 Mbit/s), Chypre (20 Mbit/s, mais avec très peu de mesures !), la Suisse (19,3 Mbit/s, très peu de mesures également), l'Allemagne (17 Mbit/s)...
- la France se situe sur les 31 pays européens à la 10ème place avec 12,7 Mbit/s.

Ces mesures sur mobile, effectuées en collaboration avec Ericsson, devraient augmenter rapidement avec le déploiement de la 4G LTE et surtout de la 4G-LTE Advanced (4G+). De quoi subvenir à la demande, avec sur 5 ans d'études Akamai, un trafic d'appels vocaux qui a augmenté de seulement 42%, alors que le trafic data mobile a bondi de 1600% !

Connexion >15 Mbit/s SOTI Q2 2016



Ipv4 vers IPv6 : un basculement indispensable pour la France

Axelle LeMaire avait saisit l'ARCEP début 2016 sur le bilan et le retard du déploiement du standard (IPV6 en France), un rapport réalisé avec l'Afnic qui a enfin été publié le 30 septembre (alors qu'il avait été remise en juin !). Passer au standard d'adressage IPv6 est essentiel pour résoudre le problème actuel de pénurie d'adresses IPv4, qui conduit à un bridage de certaines applications ou certains usages, limitant selon l'ARCEP "le caractère pleinement ouvert d'internet et la liberté des utilisateurs".
Mais la migration vers IPv6 est une opération complexe, qui nécessite l'implication de tous les acteurs de l'Internet : gouvernement, fournisseurs d'accès à internet, hébergeurs, fournisseurs d'applications, fabricants de terminaux, etc.

Un observatoire de la transition IPv6 en France va être mis en place dans les mois qui viennent, avec pour objectif de sortir une version bêta qui sera mise à disposition du public fin 2016. Selon ce rapport State of the Internet 2016 du 2ème trimestre, la Belgique a déjà un taux d'adoption IPv6 de 38%, la Grèce de 25%, l'Allemagne de 22%... et la France de seulement 11%. Seul point positif, ce taux est en augmentation de 20% sur les trois derniers mois !