La 4G occupera-t-elle une partie des fréquences de la TNT ?

21 mai 2013 à 13h33
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h23 -

A peine la 4G est-elle lancée que la France prépare déjà le prochain dividende numérique avec, en ligne de mire, la vente de certaines fréquences de la TNT aux opérateurs télécoms.Décidément, les relations entre télécoms et télévision sont bien souvent conflictuelles ! Après les bisbilles entre les régulateurs (ARCEP et CSA) et les brouillages 4G/TNT (fréquences 800 Mhz), l'Etat envisagerait de réattribuer au secteur des télécoms une partie des fréquences actuellement exploitées par la télévision numérique terrestre.

Plus précisément, seule la bande de fréquences 694 / 790 MHz serait concernée par cette réallocation du spectre radio. Pourquoi la France ponctionnerait-elle les fréquences 700 Mhz réservées actuellement à la télévision hertzienne ?

Des fréquences et des recettes convoitées

La première raison est politique et liée à la politique d'harmonisation mondiale des fréquences. Soutenue par l'Union Internationale des télécommunications (ITU) et par l'association GSMA qui regroupe les principaux équipementiers, cette harmonisation vise à améliorer l'itinérance d'une part (les services mobiles sur votre smartphones fonctionneront aussi bien en France qu'en Chine ou aux USA), et à simplifier la vie des industriels d'autre part (l'iPhone 5 n'est pas compatible 4G LTE sur les bandes de fréquence 800 et 2600Mhz en France par exemple). Or, la bande de fréquences 700Mhz est notamment utilisée aux Etats-Unis.

La seconde raison est à chercher du côté de l'éternel problème de la rareté des ressources spectrales. La croissance exponentielle des besoins en bande passante (des fichiers plus volumineux et des débits plus rapides) et le succès de l'Internet mobile (hausse rapide du nombre d'abonnés) nécessitent toujours plus de fréquences pour garantir la performance des réseaux.

Dans un avis rendu le 5 février dernier, l'ARCEP déclare ainsi que "l'attribution de la bande 700 MHz représente un enjeu majeur en termes de développement de l'accès au très haut débit mobile et d'innovation, en permettant d'augmenter les débits et la capacité des réseaux mobiles afin de satisfaire les besoins croissants en trafic mobile".

Mise en perspective avec l'actuelle conjoncture économique, la troisième raison est sans aucun doute la plus évidente. Propriétaire des fréquences radio, l'Etat compte bien entendu tirer de juteux revenus de la vente de nouvelles fréquences 4G.

Les prochaines licences 4G (fréquences 700Mhz) pourraient rapporter 3 milliards d'euros, soit 400 millions de plus que l'ensemble des fréquences 4G (800 Mhz + 2600 Mhz) achetées par Orange, SFR, Bouygues et Free Mobile en septembre et en décembre 2011. Les recettes publiques de ces nouvelles licences pourraient financer le ministère de la Défense selon le journal Les Echos.

La mise aux enchères des blocs de fréquences de la bande 700 Mhz pourrait démarrer en 2016. Reste à savoir si les opérateurs télécoms seront prêt à casser une nouvelle fois leur tirelire, seulement 5 ans après avoir acheté les premières licences 4G.

D'ici là, le très haut débit mobile sera-t-il une telle réussite commerciale qu'il garantira aux opérateurs un retour sur investissement ? La période est-elle bien choisie alors même que le marché est sous pression, aussi bien du côté des opérateurs (baisse des revenus et des profits), que des consommateurs tentés de réduire leurs dépenses en ces temps de crise ?

Quelles sont les conséquences pour la TNT ?

En déshabillant Pierre la TNT pour habiller Paul la 4G, l'Etat risque de déstabiliser le secteur de la télévision. Avec moins de blocs de fréquences, la TNT disposerait mécaniquement de moins de canaux et le développement des multiplex R9 et R10. Rappelons que c'est grâce à l'ouverture des multiplex R7 et R8 que 6 nouvelles chaînes HD gratuites ont été lancées en décembre dernier. La perspective d'une TNT gratuite élargie et en haute définition s'éloigne donc faute de marge de manoeuvre spectrale.

Certes, les ressources libérées par l’extinction du MPEG-2 au profit du MPEG-4 (recommandée pour la fin 2015) permettraient de passer une dizaine de nouvelles chaînes en HD. Mais, au-delà de cette date et avec moins fréquences, l'avenir de la TNT sera fortement dépendant du basculement de l'actuelle norme DVB-T vers le DVB-T2.

Concrètement, le lancement du DVB-T2, couplé au HEVC le remplaçant du MPEG-4, permettrait de sauver les meubles. La TNT pourrait alors diffuser davantage de chaînes en qualité Ultra HD, avec plus de services (Hbb TV voire même vidéos à la demande).

En vendant les fréquences 700 Mhz aux opérateurs télécoms, le Gouvernement devrait alors parallèlement pousser davantage le DVB-T2 (prévu pour 2020) qui impliquera obligatoirement un changement de matériel pour des millions de français. L'annonce de la nécessité d'un second renouvellement du parc de TV et/ou de décodeur TNT, quelques années seulement après le premier, pourrait être mal perçue...