Bouygues tire sa dernière cartouche pour racheter SFR

21 mars 2014 à 10h49
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h40 -

Bouygues Télécom noue de nouvelles alliances et ajoute près de 2 milliards d'euros à son offre initiale de rachat de SFR.Une semaine jour pour jour après que Vivendi soit officiellement entré en négociations exclusives avec Altice/Numericable, Bouygues Télécom ne s'avoue pas vaincu et fait une contre-proposition de dernière minute.

Après tous les efforts qu'il a déployés, Martin Bouygues ne compte pas laisser Numericable devenir le second opérateur français. Pour racheter SFR, Bouygues a donc revu en urgence sa copie et adopte une nouvelle stratégie.

Le deal proposé par Bouygues repose sur 3 nouveau éléments :

- 1.9 milliards d'euros de liquidités supplémentaires
- une participation réduite au capital de Vivendi
- un panel plus large d'actionnaires minoritaires

Pour séduire Vivendi, Bouygues Télécom met désormais sur la table 13.2 milliards d'euros contre 11.3 milliards précédemment. Avec près de 2 milliards de plus, Bouygues creuse l'écart en offrant 1.4 milliard de cash de plus que Numericable.

Parallèlement, à ce gros chèque, la participation de Vivendi au sein du nouvel ensemble serait réduite de 43 à 21.5%. Là-aussi, Bouygues Télécom cherche à rassurer Vivendi en lui permettant à terme de sortir plus facilement de SFR. Rappelons que la proposition de Numericable prévoit que Vivendi détienne toujours 32% de SFR.

Enfin, Bouygues a obtenu le soutien de nouveaux actionnaires parmi lesquels on trouve Artemis (François Pinault), JCDecaux (qui est un actionnaire historique du groupe Bouygues) et.... l'Etat au travers de la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC).

Pourquoi l'Etat soutient-il un actionnaire dans une transaction commerciale entre deux groupes du secteur privé ? Trois raisons ont sans doute poussé la CDC à intervenir.

La première peut être considéré comme "politique". Le directeur de la Caisse des Dépôts, Jean-Pierre Jouyet, est un proche de Francois Hollande. Serait-il le bras armé du Gouvernement qui a rapidement pris fait et cause pour Bouygues au point de diligenter une enquête fiscale sur Patrick Drahi, le PDG d'Altice ? Sans oublier qu'Henri Emmanuelli, très critique sur le choix de Numericable et qui a même demandé une enquête parlementaire, est le président de la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts...

La seconde raison est financière : la CDC est déjà actionnaire de Vivendi (3.5%). Si elle juge que la proposition de Bouygues est plus rentable, son soutien peut être perçu comme une manière de protéger son portefeuille à moyen/long terme.

Enfin, la dernière explication est liée à la stratégie industrielle du pays. La CDC est un acteur majeur du financement du plan France Très Haut Débit. La Caisse des Dépôts est co-actionnaire de plus d'une trentaine de réseaux d'initiative publique (RIP) qui ont la charge de déployer le très haut débit dans les zones non denses, en complément des opérateurs privés. Que la CDC investisse dans les réseaux télécoms semble tout à fait logique.

La contre-proposition de Bouygues devrait redonner le sourire à Xavier Niel puisqu'elle remet de facto sous les projecteurs l'accord passé avec Iliad, qui prévoit la cession à Free Mobile des antennes Bouygues et d'une partie de ses fréquences 3G/4G (en cas de rachat de SFR).