Culture ne rime pas avec Hadopi

9 juillet 2008 à 16h36
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h51 -

Après 50 artistes des majors, 31 cinéastes se lèvent pour défendre le projet de loi "création et Internet". Ont-ils raison ?De grands noms du cinéma ont souhaité prendre part au débat triangulaire impliquant, sous le regard soucieux des FAI, ayant-droits, pirates et activistes des libertés individuelles.

Dans une pleine page du Monde, ils tentent de défendre et d'expliquer leur soutien à ce projet de loi en gestation. Leur argumentation est plus poussée que celle des représentants autoproclamés de la musique dans le Journal du Dimanche, criant au pillage, à l'irrespect et ne semblant pas s'intéresser à la manière dont l'on trouverait leurs voleurs.

Ces 31 cinéastes sont également plus crédibles dans leur discours, leur nombre les rendant représentatifs du petit monde français du cinéma, les clauses léonines de majors inexistantes ne régissant pas leurs vies et leur capacité à comprendre que les défenseurs des libertés individuelles peuvent être affectés par cette future loi donnant du poids à leurs propos.

Alors qu'un morceau de musique s'écoute plusieurs fois, un film ne se regarde souvent qu'une seule et unique fois... Le manque à gagner est grand pour le cinéaste, puisque chaque téléchargement illégal achevé signifie qu'un curieux potentiel, une personne qui aurait sinon, selon son degré d'impatience, regardé son oeuvre au cinéma, sur un DVD, en VoD ou à la télévision, ne le fera peut-être pas.

La satisfaction morale d'être vu et apprécié par des spectateurs ne suffit pas à nourrir, et encore moins à donner les moyens de créer d'autres films. Pourtant, la construction légale dont ces cinéastes se font les défenseurs n'est pas juste, affiche une ambition dotée de moyens démesurés, et n'est adaptée qu'à un "demain" au parfum Orwellien.

Bien sûr, il faut préserver le droit pour les auteurs de continuer à faire des films. Evidemment, il faut essayer de concilier la liberté des créateurs avec celle du public, même si une question se pose sur le point d'équilibre choisi.

Par contre, oui, il peut être liberticide de limiter des pratiques qui malmènent le droit d'auteur et qui violent le droit moral des auteurs, s'il s'agit d'ajouter des outils démesurés à l'arsenal actuel, si cette limitation affecte trop d'innocents pour que l'on puisse vraiment parler "d'intérêt public".

Et enfin, non, contrairement à ce que ces cinéastes semblent croire, il ne s'agit pas d'un texte se substituant aux peines de prison actuellement prévues dans le cadre de la loi de 2006 sur le droit d'auteur, dont l'application a souvent été tempérée par la jurisprudence.

Pour qui sait lire le droit et les projets de loi, il s'agit bien d'une couche de plus, créant une entité presque extra-judiciaire, la trop fameuse Hadopi. Numerama, dans un excellent article disponible sous licence Creative Commons, dénonce 10 raisons pour lesquelles cette loi sera une mauvaise loi.