Internet : cliquez, vous êtes fliqués !

21 février 2008 à 15h56
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h53 -

Un projet de décret dévoilé par les Echos pourrait, dans le but de lutter contre le terrorisme, entériner la mort de l'anonymat sur Internet en France.Vous publiez un commentaire sur un forum ou un blog évoquant la qualité de l'air parisien. En cliquant sur le bouton "poster", d'ici quelques mois, vous aurez forcé votre fournisseur d'accès et l'hébergeur de votre forum à stocker des informations.

Votre adresse IP, votre login, votre mot de passe, votre pseudonyme, vos coordonnées ou celles de votre entreprise dans le cas d'un accès partagé, les "identifiants de contenus" et le terminal que vous aurez utilisé, pour faire bonne mesure, devront être gardés à disposition de la Justice.

Avec les notions de date et de lieu, connus grâce à l'IP et aux entrées dans la base de données, l'on saura tout sur vous, amis créateurs de contenus !

Armée de ce décret, la justice aura accès à des moyens supplémentaires de réussir ses enquêtes pénales. Une personne ayant donné, sur un forum, un moyen de contourner une méthode de protection de musique protégée, ce qui est interdit, sera, par exemple, beaucoup plus facile à identifier. Celà pourrait aider à désengorger les tribunaux en amenant plus vite à des condamnations, et devrait également avoir un effet dissuasif.

Cette mesure comporte toutefois deux risques, un bémol et un coût. Tout d'abord, la Grande-Bretagne est aujourd'hui secouée par des scandales majeurs, des britanniques effarés ayant entendu leurs dirigeants, honteux, expliquer que des millions de données personnelles les concernant ont été perdues ou volées. Données fiscales sur 25 millions de personnes concernées par les allocations familiales perdues, fichiers de prisonniers envoyés à une mauvaise adresse, fichier des candidats au permis de conduire égaré par un sous-traitant, à peu près tout y est passé... Pourrions-nous éviter un tel sort ?

Il existe également, potentiellement, des risques pesant sur la liberté d'expression. En France, les médias d'opinion sont aujourd'hui en restructuration... licenciements prévus au Figaro, difficultés au Monde et à Libération : dans ce contexte, Internet prend une importance considérable dans la diffusion de l'information. Sachant que tout sera enregistré et qu'ils seront pénalement responsables, ou qu'une personne ayant accès aux fichiers pourra remonter jusqu'à eux, les personnes souhaitant rester anonymes se feront probablement plus discrètes.

Un bémol, aussi, car cette mesure ne sera pas efficace contre les terroristes. Tout le monde peut en effet, avec un logiciel adapté, pirater presque n'importe quel réseau WiFi ouvert ou protégé par clé Wep et, donc, surfer à peu près anonymement.

Les seules personnes qui seront réellement affectées par cette mesure seront donc celles qui, comme vous ou moi, n'auront pas l'impression d'avoir quelque chose à cacher... Bien sûr, ces informations ne seront utilisées que "pour les besoins de la recherche, de la constatation et de la poursuite des infractions pénales".

Enfin, reste le problème du coût. Qui va payer ? Les opérateurs ne veulent pas débourser davantage pour le stockage de ces données. Entre la taxe prévue sur leur chiffre d'affaire pour financer l'arrêt de la pub sur France Television et les efforts considérables consentis dans le cadre de l'affaire Olivennes, les FAI se sentent les dindons de la farce... Ils proposent donc que le gouvernement assume lui-même ce stockage.