L'Autorité de la Concurrence valide le rachat de SFR

28 octobre 2014 à 10h40
- Mis à jour le 16 janvier 2019 à 18h39 -

L'Autorité de la Concurrence a donné son feu vert à la fusion de SFR et de Numericable. Le cablo-opérateur devra néanmoins respecter plusieurs engagements. Quatre mois après le dépôt de son dossier à l'Autorité de la Concurrence en juin dernier, Numericable obtient la validation qui lui manquait pour intégrer SFR dans son giron. Consciente qu' "avec l'acquisition de SFR, Numericable devient un opérateur de premier plan dans le secteur des télécoms", l'Autorité de la Concurrence a pris ses précautions et impose 4 conditions à sa décision. Ces 4 "remèdes" correspondent à 4 risques concurrentiels identifiés par l'Autorité et par les acteurs du marché des télécoms qui ont exprimé certaines inquiétudes.

L'ouverture du réseau câble aux opérateurs virtuels
Déjà très présent sur le marché du très haut débit avec 10 millions de foyers équipés (dont près de 6 millions de prises rénovées), Numericable récupère en plus le réseau de fibre optique de SFR (2 millions de foyers) ainsi que son parc de centraux ADSL dégroupés (90% des lignes téléphoniques). Le nouvel ensemble dispose par conséquent d'une force de frappe presque identique à celle d'Orange.

Pour équilibrer la situation, l'Autorité demande que Numericable ouvre son réseau en proposant deux offres de gros aux fournisseurs d'accès qui désirent distribuer leurs offres et leur box via le câble. A l'image des partenariats en "marque blanche" signés précédemment avec Dartybox et Bouygues Télécom, de nouveaux FAI pourraient ainsi louer le réseau de Numericable. Cette ouverture pourrait ainsi dynamiser la concurrence sur le réseau câblé encore largement sous-utilisé avec 1.3 millions d'abonnés Internet pour 10 millions de prises.

S'il est peu probable qu'Orange et Free aillent dans cette direction, d'autres marques saisiront peut-être cette opportunité. Rappelons que des opérateurs moins connus tels qu'Ozone, Prixtel ou encore Coriolis s'appuient déjà sur le réseau ADSL dégroupé de SFR par exemple.

La vente d'Outremer Télécom
Entre le rachat d'Outremer Télécom (Only) en 2013 puis celui de SFR Réunion, le groupe Altice (propriétaire de Numericable) se retrouve de facto dans une position quasi monopolistique sur le marché de la téléphonie mobile à La Réunion et surtout à Mayotte. L'Autorité de la Concurrence impose donc la cession d'Outremer Télécom (réseau, marque et boutiques) dans l'Océan Indien.

Aux côtés d'Orange et de SFR, Only sera donc le 3ème opérateur de l'île. La question est de savoir qui s'attaquera au marché de la téléphonie mobile ultra-marin. Certaines rumeurs ont évoqué des discussions avec des opérateurs d'Afrique, des Caraïbes (Digicel) et même avec Iliad/Free. Ce dernier n'est en effet présent qu'en métropole et la vente d'Outre-Mer serait une opportunité d'élargir son marché domestique. Enfin, Only pourrait intéresser ZEOP qui se concentre uniquement autour de la fibre optique. Le mobile serait alors une activité complémentaire stratégique lui permettant de commercialiser des offres Internet + Mobile. D'autant que se profile à l'horizon l'attribution des fréquences 4G pour l'Outre-Mer...

SFR Numericable

La vente du réseau DSL de Completel
Le rapprochement de SFR et Numericable - propriétaire de Completel - pose également un problème de concurrence dans le secteur des offres télécoms à destination des professionnels. Pouréviter une duopole constitué d'Orange d'un côté et de SFR business + Completel de l'autre, les sages de la rue de l'Echelle imposent la cession du réseau xDSL dégroupé mis en place par Completel ces dernières années.

Ce réseau est constitué d’environ 750 noeuds de raccordement d'abonnés (NRA) couvrant toutes les principales agglomérations métropolitaines. Grâce à ce réseau, Complete lest en mesure de proposer des offres pro sous la forme de connexions xDSL dédiées et de services téléphoniques IP par exemple.

Davantage de cloisonnement entre Vivendi et Numericable
L'accord de rachat entre SFR/Numericable prévoitr que Vivendi (maison mère de SFR) garde le contrôle de 20% des actions du nouvel ensemble. Vivendi restera donc un actionnaire de premier plan alors même que certaines de ses filiales (Canal+ et MediaServ notamment) sont en concurrence directe avec les activités de Numericable sur plusieurs marchés.

Parmi les préoccupations de l'Autorité de la Concurrence, citons le secteur de la TV payante où Numericable et Canalsat s'affrontent. Le marché ultramarin des télécommunications est également avancé : MediaServ (racheté par Canal+) est désormais opérateur Internet dans les DOM face à Outremer Télécom notamment...

Numericable s'est engagé à ce que Vivendi n'accède pas aux informations stratégiques de Numericable Group concernant les marchés sur lesquels les deux groupes sont en concurrence, du fait de sa présence au sein du conseil d'administration et autres comités de Numericable Group".