La crise du coronavirus retarde l'arrivée de la fibre

Câbles de fibre optique en attente
26 mars 2020 à 16h22
- Mis à jour le 16 avril 2020 à 19h24 -

La paralysie de l'activité liée au confinement affecte aussi le déploiement et les raccordements en fibre optique.

Alors que les rues du pays sont vides depuis 10 jours, le déploiement de la fibre optique est lui aussi quasiment à l'arrêt. Les industriels du secteur ne s'en cachent pas : les foyers privés de Très Haut Débit devront peut-être patienter plusieurs mois supplémentaires avant de pouvoir souscrire une offre fibre, dont les bienfaits sont justement mis en lumière par le confinement.

Déception aussi pour ceux qui peuvent en bénéficier mais attendent un raccordement : la crise sanitaire a fortement perturbé les rendez-vous programmés pour installer la fibre, laissant de nombreux foyers sans connexion Internet. Le gouvernement vient certes d'autoriser les opérateurs télécoms à poursuivre certaines missions pendant le confinement. Mais plutôt pour renforcer des réseaux mobiles mis à rude épreuve.

Le déploiement de la fibre à l'arrêt

Un peu partout en France, les chantiers de la fibre se sont figés en raison du confinement décidé par le gouvernement. Chômage technique chez les sous-traitants, précautions sanitaires, fermeture des magasins de matériels, interdictions de travaux et contrôles de police : les obstacles à la poursuite du déploiement sont nombreux.

"Le risque aujourd'hui est qu'il n'y ait aucune nouvelle prise installée au 2e trimestre", s'alarmaient en début de semaine les industriels du THD auprès des Echos. Pour leur fédération, InfraNum, le coup d'arrêt pourrait avoir de lourdes conséquences : "Il nous faudra certainement plusieurs trimestres pour retrouver le rythme de fin 2019", prévient ainsi son président Etienne Dugas. Du côté de SFR, on se veut plus optimiste, en évoquant un décalage d'un ou deux mois dans les chantiers, rapporte Le Figaro. Quoi qu'il en soit, les foyers et entreprises qui comptaient sur une arrivée prochaine de la fibre pourraient donc devoir attendre plus longtemps que prévu...

Les raccordements en pause

Là où la fibre optique est déjà déployée, ça coince aussi. Qu'il s'agisse d'un premier raccordement ou d'une intervention suite à un emménagement ou à un changement d'opérateur, de nombreux rendez-vous d'installation fibre ont été reportés sine die. En plus des blocages citées plus haut, les fournisseurs d'accès doivent composer avec les contraintes actuelles, notamment sanitaires, pour parer au plus pressé.

Passent ainsi en priorité les interventions visant à "servir l’intérêt général et le bon fonctionnement des services publics (hôpitaux, service de santé, collectivités locales, services d’urgence…)" ainsi qu'"en faveur des personnes isolées et fragiles", explique un modérateur d'Orange à des clients sans Internet. Les opérateurs priorisent notamment la maintenance pour assurer la continuité de services de leurs clients. Une situation qui expose, au passage, la vulnérabilité des éléments de réseaux fibre directement implantés sur la voirie, parfois mal entretenus, quand ils ne sont pas sujets à des actes de malveillance.

Reports et solutions d'attente

Des reports sont donc à prévoir, sur lesquels les fournisseurs d'accès communiquent avec plus ou moins de précision faute de visibilité. La plupart du temps, les clients sont invités à attendre d'être recontactés. Sur sa page d'assistance dédiée au Covid-19, SFR a pris les devants il y a quelques jours en annonçant d'ores et déjà qu'un "grand nombre" d'interventions seraient décalées "au mois prochain".

En attendant, les FAI proposent diverses solutions temporaires pour permettre à leurs clients de disposer malgré tout d'une connexion, grâce à une réserve de données mobiles. Via le dispositif d'Internet garanti en place chez Bouygues Telecom, par exemple, une clé 4G chez SFR, ou des mesures exceptionnelles proposées par Orange et Sosh. Ce qui suppose parfois de disposer d'une ligne mobile chez son fournisseur box.

Parer au plus pressé

Le réseau mobile : la dernière planche de salut pour les Français temporairement privés d'Internet fixe ou durablement oubliés du débit. Encore faut-il qu'il tienne le coup face à une situation qui a brusquement déséquilibré la charge habituelle. Là où le débit ADSL est trop faible pour faire face aux nombreux usages qu'implique le confinement. Mais aussi dans les zones résidentielles où l'on téléphone et se connecte en 4G en journée beaucoup plus qu'à l'habitude. Ou encore dans les zones rurales et touristiques, où des milliers de résidences secondaires ont été réinvesties hors-saison, suscitant un pic de trafic auquel les opérateurs n'étaient pas préparés.

C'est, semble-t-il, l'objet principal des dispositions à destination des télécoms que le gouvernement vient d'inclure dans sa loi d'urgence. Malgré les inquiétudes des industriels évoquées plus haut, celles-ci visent moins à assurer la continuité du déploiement de la fibre ou des raccordements qu'à parer au plus pressé. En permettant exceptionnellement aux opérateurs de se dispenser des autorisations administratives pour renforcer en urgence leurs réseaux mobiles là où ils sont inhabituellement sollicités.

Un tournant pour la fibre ?

Cette démonstration en direct des limites actuelles de nos réseaux et des inégalités territoriales en matière d'accès à Internet invite néanmoins à penser l'après. Inédite par son ampleur, la crise du coronavirus et le confinement qui en résulte démontrent le caractère indispensable d'une connexion Internet fixe fiable. En très haut débit, c'est un minimum, et à terme en fibre optique. L'épisode pourrait ainsi convaincre un exécutif accusé de traîner des pieds sur le 100% fibre d'appuyer plus franchement le déploiement en zone rurale

Mais il pourrait aussi, du côté des consommateurs, lever les réticences vis-à-vis de l'adoption de cette technologie d'accès à Internet. Afin de pouvoir, dans de bonnes conditions, communiquer, travailler, étudier, se soigner, rester en lien avec l'administration ou tout simplement se divertir quand ils sont chez eux. Et pas seulement en temps de crise.

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