5G : "Le client ne va pas sentir une différence énorme avant 2023"

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4 juillet 2019 à 11h28
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La 5G, c'est le réseau mobile du futur qui doit provoquer une révolution des usages. Mais, dans un premier temps, la 5G devrait s'inscrire dans la continuité de la 4G et seulement apporter de la capacité à un réseau proche de la saturation. Interview.

Jean-Paul Arzel est directeur réseau Bouygues Telecom et nous parle de la 5G.Jean-Paul Arzel est directeur Réseau de Bouygues Telecom, l'un des deux opérateurs les plus actifs dans la course à la 5G. Néanmoins, en 2020, quand la 5G sera lancée sur le marché français, les clients ne vont pas sentir une différence énorme en termes d'usages. La 5G comme technologie de rupture, c'est pas avant 2023. La révolution de usages attendra mais, elle aura bien lieu. En attendant, Bouygues Telecom multiplie les expérimentations autour de la 5G. Bouygues Telecom veut être un leader technologique et un acteur de référence de la 5G. Jean-Paul Arzel a pris le temps de répondre à nos questions sur le futur réseau mobile 5G.

 

En quoi la 5G est-elle un réseau mobile différent de la 4G ?

La 5G, dans sa première version, sera assez proche de la 4G.  La première norme de la 5G, la 5G non standalone, consiste à ajouter de la capacité par rapport à la 4G. C'est le besoin le plus immédiat. Il faut répondre à la croissance exponentielle de notre consommation de data. On va ajouter des fréquences qui vont s'agréger à celles de la 4G. Mais, la 5G non standalone va fonctionner avec un cœur de réseau 4G. Cette première norme de la 5G est donc très orientée BtoC. Dans un second temps, à l'horizon 2023, on aura la 5G standalone, avec un cœur de réseau autonome. Et là, on sera sur des usages différents et révolutionnaires de la 5G car, la 5G standalone va mettre en œuvre des technologies qui vont faire baisser la latence.La 5G va offrir plus de capacité que la 4G

Quelles technologies par exemple ?

La technologie la plus significative pour faire baisser la latence est l'edge computing par exemple. C'est-à-dire que la 5G standalone fonctionnera avec des cœurs de réseau décentralisés. Aujourd'hui, sur les réseaux actuels, on est dans du data center computing. C'est-à-dire que les cœurs de réseau et bien souvent les applications sont centralisées, dans le cloud par exemple. Et, il faut un certain temps pour que les données fassent l'aller-retour entre le client et l’application. Ce temps d'aller-retour génère de la latence. Avec la 5G standalone, on va avoir des architectures nouvelles, dans lesquelles on va pouvoir décentraliser les cœurs de réseau et les applications. Ils seront beaucoup plus proches du client. Dans certaines grandes entreprises, le cœur de réseau et les applications seront même carrément dans l'entreprise. La latence sera donc beaucoup plus faible. L'edge computing sera la grosse nouveauté de la 5G standalone. En outre, les applications vont fonctionner sur le réseau avec ce qu'on appelle le slicing. Grâce à la virtualisation du réseau, le réseau 5G sera découper en tranche. Il sera flexible, différencié et adapté aux besoins de chaque client.

Quelles sont les autres technologies qui seront utilisées par la 5G ?

On vient de voir le edge computing et le slicing. Mais, la 5G va aussi s'appuyer sur le beamforming, le massive Mimo, la modulation new radio… Toutes ces technologies sont importantes. Car, elles vont améliorer l'efficacité spectrale et donc la capacité et le débit du réseau mobile 5G. Cela va apporter de l'agilité dans le déploiement de services. Tout cela sera devenu un standard en 2023 ou 2024. On y travaille.

 

Donner de la capacité pour les smartphones

 

Revenons à la première norme de la 5G, celle qui sera commercialisée en 2020. On pourra en faire quel usage ?

Le premier bénéfice de la 5G non standalone, c'est de donner de la capacité pour les smartphones. La 5G va donner de l'oxygène au réseau et éviter les effets de saturation. C'est l'usage principal. Ce n’est qu'avec la 5G standalone qu'on aura des usages vraiment différents.

On présente pourtant le 5G comme une technologie de rupture, non ?

Elle le sera mais pas tout de suite. La première génération de la 5G va s'inscrire dans le prolongement de la 4G. Il n'y aura pas une valeur ajoutée très différenciante pour le grand public. Ça va maintenir opérationnel et pérenniser les usages actuels de la 4G en apportant de la capacité aux opérateurs et en répondant au besoin croissant de data. Donc, c'est positif. Ça va permettre d'éviter la saturation du réseau.

 

La révolution des usages, c'est pas avant 2023

 

La révolution des usages, promise par la 5G, c’est pour quand alors ?

Le client lambda ne va pas sentir une différence énorme en termes d'usages avant 2023. Dans un premier temps, il n'y a aura pas de rupture comme la 4G en a représenté une par rapport à la 3G. Les changements d'usages, les nouveaux usages, et de manière un peu massive, ça va commencer en 2023. Mais, pas avant.

Quels nouveaux usages faut-il attendre de la 5G standalone ?

Les nouveaux usages liés à la 5G standalone seront davantage tournés vers les industriels. Cela va permettre, par exemple, à l'industrie du futur de se développer. La 5G va remplacer des solutions existantes, comme le WiFi. Y'a aujourd'hui des processus de production et de fabrication qui communiquent en WiFi. On va les remplacer par de la 5G qui va apporter de la qualité, de la sécurité, de la capacité, du débit, ainsi qu'une très faible latence. La 5G va permettre de piloter des équipements industriels. Pour le grand public, en tirant profit de la faible latence, on va pouvoir faire du gaming. Ça peut être aussi la réalité virtuelle ou la réalité augmentée. Ce ne sont que quelques exemples. Il y en a bien d'autres. La 5G, c’est le champ des possibles. La 5G apporte un réseau, une infrastructure. Et derrière, les usages, les applications, on peut faire un peu ce qu'on veut.

 

Bouygues est un acteur de référence de la 5G

 

Tous les mois, l’observatoire des réseaux mobiles publie un recensement des expérimentations autour de la 5G. Bouygues Télécom est le deuxième opérateur le plus actif. Vous êtes bien positionné dans la course à la 5G ?

La qualité du réseau Bouygues Telecom est appréciée. Le réseau, c'est notre cœur de métier. C'est donc important pour nous d’être présent sur la 5G comme nous le sommes sur la 4G. Et d'avoir la meilleure offre possible. Bouygues est un acteur de référence de la 5G. On a la volonté d'être leader technologique autour de la 5G et donc on a lancé dès juillet 2018 les premières expérimentations sur la 5G à Bordeaux. On continue à Lyon, à Paris, dans la zone de Vélizy, à Rouen. On a également une expérimentation sur la ville du futur de Transpolis, près de Lyon, mais aussi à l'UTAC CERAM de Montlhéry, le circuit d'homologation des véhicules. On a la volonté d'être présent sur la 5G comme on l'a été sur la 4G.La 5G va permettre l'émergence des villes connectées.

Au total, depuis 2018, Bouygues Telecom a obtenu 53 autorisations pour tester la 5G. Cela consiste à quoi ?

L’idée, c'est de connaître la technologie, de bien la maîtriser, de comprendre ce qu’elle fait, de comprendre aussi ce qu'elle ne fait pas, de voir son niveau de maturité, de façon à être prêt le jour J. Les fréquences pour des services commerciaux ne sont pas encore disponibles. En attendant, on anticipe autant qu'on puisse le faire. Dans nos métiers, les cycles industriels sont quand même assez longs et complexes, et il vaut mieux anticiper les choses.

Concrètement, c’est quoi ces tests autour de la 5G ?

Vous avez des antennes relais, comme sur la 4G aujourd'hui, qui sont déployées sur les toits, dans la fréquence des 3,5 GHz. On fait des tests de débit, d'applications, des tests dans l’ensemble des fonctionnalités de la 5G. Ce sont des tests technologiques pour les ingénieurs qui visent à comprendre comment fonctionne la technologie. On a également des tests de bout en bout, avec des industriels. Ils sont comme nous, ils observent la technologie. Et, on a la capacité de proposer des solutions aux industriels pour tester la 5G. C'est le cas avec la SNCF à la gare de Lyon Part-Dieu mais aussi à Transpolis, avec différents partenaires. Il y a une voiture autonome et connectée à la 5G Bouygues Telecom. Chez Bouygues Telecom, on travaille plus sur la smart city et les applications de la 5G dans les transports. Mais, on fait aussi des tests sur des usages grand public autour de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée. On a montré également de la télémaintenance, de la télémédecine avec un patient à distance, de la vidéo avec la transmission de 10 flux en 4K. On fait aussi bien des tests pour des applications BtoC que des applications BtoB de la 5G.La 5G va banaliser la réalité virtuelle et la réalité augmentée.

Est-ce que Bouygues Telecom compte mener des tests 5G en conditions réelles avec un échantillon de population ?

On teste plutôt la 5G avec des ingénieurs. On n'a pas encore prévu de faire un test avec des clients. Mais, ça se fera un jour, c'est sûr.

 

On va s'appuyer sur le réseau existant

 

Comment va se passer le déploiement de la 5G Bouygues Telecom ?

La 5G va se déployer de façon progressive en fonction des besoins en capacité. La plupart des opérateurs vont s'appuyer sur leur réseau existant. C'est-à-dire qu’on va utiliser les points hauts existants sur lesquels on va poser des antennes 5G et on va raccorder ce matériel au réseau de transport existant, via la fibre. On ne va pas déployer des sites uniquement 5G, au moins dans un premier temps. On sera sur la bande de fréquences des 3,5 GHz, comme l'ensemble des opérateurs.

Vous comptez aussi déployer des antennes 5G intelligentes, les small cells ?

Dans les réseaux d'opérateurs, on commence toujours par les macro cells. C'est la première couche, elle est fondamentale. Les small cells viennent compléter la couverture des macro cells. Les small cells, ce sera donc pour plus tard. Elles seront avant tout utiles pour les ondes millimétriques dans la bande des 26 GHz.  Or, cette bande de fréquences n'est pas concernée par les enchères de cet automne. Néanmoins, on va tester prochainement les ondes millimétriques, notamment avec la SNCF, à Lyon. On connaît déjà les caractéristiques des fréquences hautes mais, c'est la première fois qu’elles seront utilisées par un réseau mobile. Les fréquences hautes ont une grande capacité, avec une largeur de spectre importante. Elles permettent une réelle montée en débit mais elles ont une portée assez courte et une pénétration assez faible. Elles sont utiles pour des usages très localisés et ponctuels. Comme pour les autres fréquences, c'est important de les tester pour bien comprendre comment elles fonctionnent.

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